La Maison des Centraliens rencontrent l'univers de Martin Margiela

Il y a cette jeune fille. Elle a déjà vécu tant de belles et surprenantes aventures que nous pensions cette histoire terminée. Or je l'ai croisée aujourd'hui en un lieu où les génies et où d’autres grands esprits prenaient plaisir à se retrouver. On le nomme la Maison des Centraliens.

L’odyssée de cette demoiselle débute dans le hall d'entrée de ce site converti en un extraordinaire hôtel. Le vestibule se pave de cabochons de marbre noir placés aux angles des carreaux blancs. L'illusion, la profondeur ainsi qu’un univers inédit fondent ce récit aux allures de conte. Les cadres se sont retirés. Les traces marquent le temps écoulé. L'aigle du Premier Empire a veillé sur la restauration de cette maison édifiée en 1866 pour la duchesse de Rivoli, Princesse d'Essling.

Elle court cette héroïne. Elle se perd dans ses étages vêtus pour l'occasion d'une moquette sombre et d'une peinture noire. Quarante écrins, dix-sept nouvelles chambres et suites "Couture", un fumoir et un restaurant dressent son territoire de jeu. Le 8 rue Jean Goujon de Paris accueille cet espace où s'expriment les matières, la simplicité et la légèreté. La lumière l'invite à entrer. Une première suite à moulures interrompues laisse entrevoir sa beauté. Tel un travail inachevé, elle propose ce décor doux et sensuel. D'un camaïeu de blanc au gris en passant par le beige, la jeune fille tourbillonne dans ce volume où les miroirs créent l’aspect d’une loge. Puis elle s'installe dans le confort de ce grand lit onctueux pour s’endormir un livre entre les mains. Mais l'évasion s’avère courte, la frénésie l'incitant à reprendre son voyage. Et c’est dans la suite "Salon doré" que se produit la chute. Dans cette chambre où des livres et des magazines établissent la tête de lit, elle semble découvrir l'ornementation du style Napoléon III qui a été imprimée en trompe-l'oeil sur l'ensemble de la surface. Un endroit où la vie trouve son écrin de bien-être le temps d'une voire plusieurs nuits.

Après un sommeil apaisé, elle se lève, marche et se délecte des folies qui s’offrent à elle. Le noir la poursuit, elle qui ouvre la porte de la suite "Cabinet des curiosités". Rideaux taillés dans un drap de laine noir à fines rayures tennis blanches, parquet à l'anglaise en chêne teinté noir, elle pénètre dans le monde des hommes qui ont jadis occupé ces lieux.

Elle sort, court puis s’égare à nouveau. Elle suit les traces de cet aigle qu'elle a aperçu jusqu’à ce qu’une lueur indique la fin de ce périple. Cette lueur signale un grand escalier qui mène à la chambre à coucher, laquelle provoque une sensation de délicatesse à cette aventurière submergée par ses émotions. Un paysage imaginaire dessine la tête de lit et se réfléchit dans le mur opposé entièrement miroité. Dans cet environnement magique, la voici habitée par un sentiment de liberté. Elle s'endort avant de pousser une dernière porte située dans un autre couloir encore noir. La Maison des Centraliens revisitée par Martin Margiela, voilà ce qu’elle découvre. Le mot « luxe » se manifeste ici par la beauté des matières et par la discrétion.

Site web La maison Champs Elysées, crédits photos : Martine Houghton
Le 5 janvier 2012 par Franck Demaury


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