Olivier chabaud

« Atteindre l’essentiel », voici la belle obsession d’un architecte discret et passionné. Jonglant entre l’usage des espaces et la transformation des enveloppes, Olivier Chabaudmène sa carrière d’une main de maître. Cette année, après avoir réalisé la réhabilitation des thermes d’Evian, le créateur-designer s’apprête à nous surprendre en lançant, avec un fabricant italien et un ébéniste français, une nouvelle marque de mobilier haut de gamme baptisée « Médris ». En attendant, la découverte de cette ligne, l’homme se confie àluxurydesign.

FD : Pourquoi avoir choisi de devenir architecte ?

Je n’ai pas choisi, j’ai toujours voulu être architecte. Petit, je dessinais des plans et lorsque je rentrais quelque part, je regardais comment cela fonctionnait, et comment on pouvait faire autrement. Je ne sais pas d’où ça vient, c’est drôle.
Après mon diplôme d’architecte, j’ai intégré l’Ensci-les-ateliers, une école de design, afin de poursuivre ma formation théorique autour de l’usage. Là, j’ai compris mon regard à différentes échelles, de l’intime à l’espace plus vaste qui nous enveloppe.
Je travaille avec la même conviction sur des bâtiments, des intérieurs, mais aussi pour le mobilier et les arts de la table.

Olivier chabaud

FD : Comment définiriez-vous votre personnalité, vos principaux traits de caractère en quelques mots ?

Je dirais timide et volontaire. Je suis très à l’écoute des autres, comme des lieux. Ma réserve naturelle a contribué au développement d’un sens de l’observation et d’une intuition très fins, tout autant qu’une grande ouverture d’esprit, dans ce métier c’est essentiel.
En même temps, je me remets sans cesse en question, je cherche le cœur des problèmes, c’est mon obsession : atteindre l’essentiel. C’est ce qui me pousse à proposer des projets à partir de convictions très fortes.
Je ne suis satisfait que lorsque mes projets atteignent une forme d’évidence.

FD : En réalisant un nouveau projet, essayez-vous de créer une histoire ? D’avoir un fil rouge ?

Un projet est la rencontre d’un lieu et d’un individu, parfois aussi d’une marque.
Mon rôle est de percevoir cet instant et d’en retranscrire l’avenir, de tisser le lien.
Dans ma démarche, c’est la fonction qui dirige mon approche créative, je me pose toutes les questions possibles, même celles que l’on n’imaginait pas, pour atteindre la vérité d’un lieu, pour aller au-delà des apparences. Ensuite seulement, j’interviens dans le projet où la pureté des lignes compose le vocabulaire d’un style sensible, toujours chaleureux. Les figures géométriques y développent un cadre décoratif juste et raffiné. J’essaie de développer une mise en scène de l’essentiel.
Par exemple, un habitat est une formidable machine poétique, je travaille à révéler et mettre en scène ce potentiel.
Pour une marque, c’est la transcription architecturale de son identité, au-delà de la charte graphique, mon but est d’en faire ressentir les valeurs portées par l’entreprise.

Olivier chabaud

FD : Remarquez-vous une évolution dans l’architecture et dans la profession ?

Quelques paradoxes. D’un côté le niveau technique, le développement du détail en architecture a fait de grandes avancées. On revient au sens décoratif de l’architecture perdu au XXème siècle. L’architecture pour elle-même, et plus vu comme un manifeste, soutenue par une sècheresse industrielle.
Et de l’autre, comme toutes les professions exposées, une dépendance de l’image, de la vitesse de l’information qui pousse à chercher l’impact visuel avant tout, une architecture slogan. Une façade. On est alors dans l’écran, on ne parle plus d’espace. Le numérique est une fantastique révolution, l’architecture doit nous accompagner dans cette mutation, elle ne doit pas y ressembler. L’aspect polysensoriel de l’architecture est un bien précieux, nous devons y puiser le réconfort nécessaire à une vie équilibré, face à notre rythme numérique parfois délirant.

FD : Quels sont vos futurs projets?

J’ai plusieurs résidences et appartements en cours, ainsi que la direction artistique d’une nouvelle marque de mobilier haut de gamme française, qui sera lancée au printemps, Médris. Dans les projets à plus long terme, je suis impatient de commencer un hôtel, en 2014, c’est un sujet que je n’ai pas encore abordé, mais qui contient en substance l’ensemble des points sur lesquels l’agence peut être pertinente : de l’identité de la marque, jusqu’à l’intimité de la chambre. Enfin, j’espère un jour concevoir un lieu de culte, tout y est, c’est-à-dire l’essentiel.

FD : Quelle est votre réalisation préférée ? Quelle personne est une source d’influence pour vous ?

Il y a trop de bâtiments que je n’ai pas encore visités pour me prononcer.
En revanche, ma source d’influence reste la musique. Le déroulement dans le temps, la narration, le rythme, l’espace sonore. Le rôle de chaque instrument pour atteindre l’équilibre. Etudiant, je jouais de la contrebasse dans un groupe de jazz. Je vois le rôle de l’architecte comme celui de cet instrument, il donne toute la structure, le lien, la cohérence. Mon influence majeure est sans aucun doute Jaco Pastorius, un bassiste de jazz fantastique, compositeur et arrangeur de génie.

FD : Qu’est ce que le luxe selon vous ? Qu’est ce que le design selon vous ?

Le luxe, c’est l’indicible. Un sentiment unique.
En architecture, on perçoit beaucoup de sensations en même temps, fonction, volume, lumière, matières, mobiliers, références diverses. Il y a luxe quand la magie opère, quand rien ne semble forcé. Mettre un magnifique canapé dans un lieu n’a jamais fait un bel espace, il faut l’harmonie de chaque détail.
Aujourd’hui, l’économie numérique chamboule la valeur des objets par exemple. On trouve de tout à tous les prix. Le luxe, n’est plus uniquement l’exception financière, il est cette capacité au merveilleux.

Le design est la concrétisation d’une idée dans une matière, avec obligatoirement derrière un savoir-faire, artisanal, comme industriel ou expérimental.
J’aurais tendance à dire qu’il y a deux designs, celui qui prend la voie du marché de l’art, et qui est une mise en scène spéculative de la notion du design, ou du designer. On y trouve parfois des expériences très originales.
L’autre est celui qui part du sujet pour y répondre, celui-ci peut être un enjeu commercial, comme une question sociale ou ergonomique, peu importe. Le design est là pour remettre en question et avoir la capacité d’innovation, puis de synthèse. Le résultat est une beauté utile, quelque chose comme ça. Et certains de ces objets atteignent un rang d’icone, d’œuvre.

FD : Quels conseils donneriez-vous à une personne souhaitant faire appel à vous ?

De m’appeler pour que l’on définisse ensemble l’objectif à atteindre, un projet réussi est un projet collaboratif, le dialogue nourrit la qualité du résultat, comme ma créativité.