Sous les ailes du Moulin, la féérie enchante, tous les soirs, les touristes, les parisiens, ceux qui aiment la fête, la France, la féérie. Mais, il faut passer derrière le rideau bleu pour découvrir le Moulin différemment. Bottiers, Plumassiers, Artistes, Artisans du rêve et Provocateurs d’une magie nocturne, on vous invite à découvrir quatre personnalités différentes, Nicolas Maistriaux (Maison Clairvoy – Bottiers du Moulin Rouge), Editte Février (Maison Février – Plumassier), Benoit Caranobe (Soliste Cancan – Médaillé de bronze aux JO de Pékin en 2008) et Jolene Slater (Meneuse de Revue). Découvrez les portraits, les histoires et les parcours de ces créateurs de rêves.

Façade nuit ©Moulin Rouge® - S.Bertrand

1 – Dans les souliers du Moulin avec la Maison Clairvoy

C’est en 1913 qu’Edouard Clairvoy né à Trébizonde, en Turquie. Arrivé en France, il devient apprenti bottier. Après la guerre, l’homme devient « le peintre bottier de la la butte ». Puis, sa fille poursuivra la tradition en reprenant l’affaire Clairvoy. Spécialisée dans la création sur mesure de chaussure de luxe pour hommes et femmes. Des  rencontres dans le milieu artistique et des collaborations avec le cinéma, le music-hall ou encore la télévision, la Maison Clairvoy entame l’un des plus grands moments de son histoire, sa collaboration avec le Moulin Rouge. En 2006, Chantal Clairvoy et Antoine Tanguy choisissent Nicolas Maistriaux pour poursuivre la fabrication des chaussures sur mesure. En 2009, la Maison Clairvoy lance sa ligne de chaussure pour homme et reçoit en 2012 le label EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant). Gage de qualité du savoir-faire des artisans et des Maitres Bottiers, cette distinction récompense le travail passionné de ces femmes et de ces hommes de l’ombre. Nicolas Maistriaux répond à quelques questions pour Luxury Design.

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Nicolas Maistriaux – Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Mr Nicolas Maistriaux, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Artisan bottier depuis 20 ans, je pratique mon métier avec de plus en plus de passion chaque jour. Je dirige depuis 10 ans la Maison Clairvoy. Je suis papa de deux jeunes garçons.

Franck Demaury : Quel est votre parcours ?
J’ai suivi un parcours scolaire classique jusqu’au baccalauréat. Passionné de souliers depuis mon plus jeune âge, j’ai ensuite suivi la formation des Compagnons du Devoir qui m’a permis d’acquérir toutes les connaissances nécessaires afin de satisfaire les demandes uniques, extraordinaires et parfois extravagantes des artistes que nous chaussons.

J’ai eu l’occasion de travailler au sein de grandes maisons liées à la fabrication de chaussures artisanales faites mains. Puis, j’ai commencé à diriger la Maison Clairvoy.

Photo : Thomas Van Geete
Photo : Thomas Van Geete
Photo : Thomas Van Geete
Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Quelle a été la plus grande difficulté dans votre parcours ? Les plus grandes satisfactions ?
La plus grande difficulté est de savoir maitriser les gestes les plus simples mais les plus précis pour la réalisation de souliers. C’est une remise en question constante et paradoxalement c’est aussi une de mes plus grandes satisfactions. C’est ce sentiment qui me permet de progresser pour mieux comprendre et réaliser les demandes de mes clients.

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir votre travail ?
Ce travail nécessite un grand nombre d’échanges avec son client, de créer un climat de confiance afin qu’il puisse se livrer dans les moindres détails car le soulier est un des accessoires qui dirige votre journée.

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Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Qu’est ce qui vous a donné envie de faire ce travail ?
Je suis passionné de chaussures sous toutes ses formes depuis toujours. La réalisation et la fabrication ne me suffisent pas, je suis collectionneur de baskets et j’aime acquérir de nouvelles chaussures. Le besoin d’être en relation quotidienne avec les souliers, les différents métiers, le cuir, et surtout le sur-mesure m’ont donné envie de faire ce métier. Aujourd’hui, la réalisation de chaussures pour tous les arts du spectacle et les particuliers me permettent d’acquérir de nouvelles méthodes en travaillant autour de l’esthétique et du besoin technique.

Franck Demaury : Pourriez-vous présenter l’univers de la Maison Clairvoy et son lien avec Le Moulin Rouge ?
La Maison Clairvoy est spécialisée dans la confection de chaussures sur mesure pour tous les arts du spectacle et pour le monde entier. Nous travaillons donc pour le cinéma, le cabaret, le théâtre, le cirque etc.

Le Moulin Rouge est client de la Maison Clairvoy depuis plus de 50 ans. Mais c’est en 2006 que leur partenariat a connu une évolution majeure puisque nous appartenons désormais au Moulin Rouge. En effet, le Moulin Rouge, soucieux de sauvegarder et préserver les métiers qui lui permettent d’assurer la qualité de son spectacle a décidé de racheter cette maison à ses fondateurs.

Au tout début, en 1945, Mr Clairvoy chaussait les pieds des femmes dans leur quotidien, ce que l’on nomme « chaussures de ville » Aujourd’hui grâce au Moulin Rouge, nous avons relancé une ligne de sur-mesure « hommes » et « femmes ».

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Maison Clairvoy – Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Comment travaillez-vous au quotidien avec le Moulin Rouge ?
Chaque jour, nous échangeons avec les responsables des costumes, la maitresse de ballet et le chorégraphe. Ces échanges nous permettent de satisfaire une demande précise et très pointue : chausser les artistes afin qu’ils puissent danser chaque soir sans aucune difficulté à leur pieds ! C’est le résultat magique du « sur mesure ».

Un soir par semaine, je me rends au spectacle pour aller à la rencontre des danseurs afin de créer une relation de travail particulière et d’être plus à l’écoute des besoins de chacun.

Franck Demaury : Sur quels autres projets travaillez vous ?
Nous travaillons sur plusieurs projets à la fois, un grand nombre de productions nous demande de conserver le secret puisque nous intervenons dès les premières étapes de la création des spectacles, films et autres pièces de théâtre bien avant leur lancement public. De plus nous fournissons un service de renouvellement, d’entretien et de continuité pour tous nos clients.

Pour les lignes sur mesure des chaussures de ville, nous avons acquis une nouvelle clientèle, amoureuse des souliers, désireuses d’investir dans de la qualité, du long terme mais aussi d’apprécier le luxe de pouvoir choisir son modèle, ses couleurs, son cuir et ses finitions.

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Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Quelles sont les ambitions pour le futur ?
Notre plus grande ambition, bien que très logique, est de conserver notre savoir-faire, la transmission auprès de jeunes générations de bottier. Notre futur c’est aussi l’envie de faire évoluer notre atelier, notre produit, et la possibilité de travailler beaucoup plus avec l’international. Le développement des chaussures pour la ville est aussi une volonté très forte de la maison afin de nous tourner de plus en plus vers une clientèle exigeante d’un savoir-faire à la française.

Franck Demaury : Qu’est ce qui fait la différence entre la Maison Clairvoy et les autres bottiers ?
Notre inspiration vient vraiment de la scène et l’évolution de notre travail vient de notre échange avec les artistes au quotidien, hommes, femmes, danseurs de haut niveau… La réalisation de nos chaussures faites à la main et sur-mesure leurs apporte un vrai confort. Il faut qu’ils soient très à l’aise pour effectuer leurs figures de haut niveau ou encore pour rentrer dans la peau d’un personnage.

D’autres parts, le travail que nous avons mis en place pour tous les particuliers vient aussi de cette analyse et c’est ainsi que la ligne ville a réintégré le cœur de la Maison Clairvoy, faisant résonnance aux premiers amours du fondateur en laissant exploser toute la créativité de son atelier.

Photo : Thomas Van Geete
Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Quelle est la place de l’artisanat dans la Maison Clairvoy ?
100% ! Toutes nos chaussures sont réalisées entièrement à la main, fabriquées dans la plus pure tradition artisanale. C’est ainsi que tous les cuirs sont choisis minutieusement et découpés à la main. Chaque étape (prise de mesure, création de la forme, patronage, coupe, piquage, montage…) et chaque élément qui compose la chaussure vient d’un choix bien particulier en collaboration avec les meilleurs fournisseurs français. Les coutures sont toutes réalisées à la main. Une paire de chaussures nécessite entre 25 à 60 heures de travail en moyenne pour les chaussures les plus complexes.

Franck Demaury : Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes qui ont envie de se lancer dans ce métier ?
Que la passion dirige leur pas.

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Photo : Thomas Van Geete

Franck Demaury : Que représente le Moulin Rouge pour vous ?
Le Moulin Rouge représente pour nous l’esprit du luxe, de l’artisanat et l’essence même du spectacle. La présence d’un grand nombre d’artisans pour la création des spectacles et le mélange de tous ces savoir-faire apporte une richesse d’échange à travers tous les secteurs d’activités. C’est une fierté de travailler pour un établissement comme celui-ci et de pouvoir y côtoyer toutes les personnes qui « font » le Moulin Rouge.

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2 – Maison Février par Editte Fevrier

C’est en 1929, dans un climat morose suite à la crise économique que la Maison Février ouvre les portes de son atelier. Monsieur et Madame Février ont pour ambition de vivre de leur passion pour la légèreté, la couleur et la création. Les français ont besoin de raffinement , de fantaisie, de féérie … Et c’est à Mistinguett, reine et fondatrice du Music-Hall que la Maison Février devra sa renommée internationale. La miss veut des costumes à plumes, elle les aura et les fera rayonner sur la scène du Moulin Rouge où elle se produit mais également sur la scène internationale.  Les artistes choisissent la Maison Février comme partenaire de leurs parures du soir et cette dernière multiplie les collaboration. En 2009, le Moulin Rouge achète la Maison Février afin de protéger ce savoir-faire rare.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Comment se déroule la création d’un costume ?
Tout d’abord, le maquettiste réalise le costume. Généralement, ceux sont d’anciens danseurs. Ils savent faire évoluer le costume pour le confort des artistes.

Baptiste Riffard : Quelles sont les étapes nécessaires pour la création d’un costume du Moulin Rouge ?
Le maquettiste nous amène son dessin. Mon rôle est de trouver les plumes s’apprêtant au mieux pour réaliser son costume. Sur une création, il y a environ 10 intervenants. Le costumier, le brodeur, le bottier, réal, chacun a sa fonction. Même si nous savons faire des chapeaux, nous n’en ferons jamais. Nous ne faisons exclusivement que de la plume. Le costumier va choisir ses tissus et nous nous adapterons. Nous teinterons les plumes du même rouge qu’il aura choisi, par exemple. Le bottier fera de même. Il teindra ses cuirs dans les mêmes tons que le costume afin de coordonner l’ensemble. Nous discutons pour créer un prototype. Puis le maquettiste revient, apporte les modifications nécessaires et valide le projet.

Baptiste Riffard : C’est un exercice particulier car certains costumes se transforment ?
Pour certaines pièces, il y a un intervenant supplémentaire. Dans le cas du costume que nous appelons la tomate, il s’agit d’un artisan qui construit l’ossature. Nous nous adaptons, alors, à son travail.

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Baptiste Riffard : Quelles plumes utilisez-vous ?
Dans le Music-Hall, nous utilisons principalement des plumes d’Autruche qui viennent d’Afrique du Sud. Elles sont grandes, douces et résistantes. En France, il n’y a pas d’élevage pour ce type de plumes. Les Autruches doivent avoir au minimum 8 ans pour avoir une très belle plume. Nous attendons la mue pour récupérer leurs plumes. À partir de celles-ci, nous faisons nos Boa.

Aujourd’hui, certaines plumes sont protégées par la convention de Washington, ce qui rend le travail compliqué. Au début du Music-Hall, Mistinguett avait des costumes avec beaucoup de plumes d’aigrettes. La coiffe de  Joséphine Becker était, quant à elle, constituée de milliers de plumes. À cette époque, beaucoup d’oiseaux ont été tués, à cause de l’absence de réglementation. Aujourd’hui, les plumes d’aigrettes, d’oiseaux de paradis, de hérons, de perroquets et autres sont interdites.

Baptiste Riffard : Comment arrivez-vous à diversifier vos plumes ?
On transforme. Nous utilisons par exemple les plumes de coq sur lesquelles nous travaillons la teinture. Ce  travail change la texture de la plume et la rend beaucoup plus fine. Nous sommes obligés de trouver des astuces pour remplacer certaines plumes puisque nous souhaitons également protéger les oiseaux.

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Photo : Thomas Van Geete
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Photo : Thomas Van Geete

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Photo : Thomas Van Geete

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Combien de temps mettez-vous pour réaliser un costume ?
Un costume du Moulin Rouge est le fruit d’un mois de fabrication. Tout est fait à la main. Il y a un bon mois de travail pour une danseuse et il y a en a 60.

Baptiste Riffard : Pourquoi devient-on plumassier ?
C’est l’amour de la plume. C’est une matière très noble. Les jeunes doivent avoir la passion de travailler les plumes car c’est un travail ingrat car le résultat n’est pas visible tout de suite. Il faut de la persévérance et du temps pour voir l’aboutissement du travail.

Baptiste Riffard : Comment est venu votre envie de faire ce métier ?
C’est venu au fil du temps. Je suis dans la société depuis 16 ans, celle-ci appartenait était à ma tante. Nous avons été indépendants jusqu’en 2009, l’année de sa retraite. Le Moulin Rouge nous a racheté pour éviter  de perdre ce savoir-faire français. Si la Maison Février avait dû fermer, il n’y aurait plus de plumassiers. Le Moulin Rouge nous a permis de continuer notre activité, à la fois pour eux mais aussi pour notre clientèle. Nous avons pu retrouver nos clients. La Maison Février s’est installée dans les locaux du Moulin Rouge afin d’être en contact permanent avec les costumes.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Existe-t-il d’autres maisons telles que la vôtre ?
À ce jour, il y a la Maison Lemarié (Maison appartenant groupe Chanel). Ils ne font que de la Haute Couture. Ils n’ont pas cet aspect Music-Hall/ Spectacle. Il y a, par contre, beaucoup de faux plumassier. Ceux-là ne font que du collage. Je n’ai rien contre mais être plumassier est un métier qui s’apprend. L’artisan travaille chaque plume, indépendamment.

Baptiste Riffard : Comment se déroule l’apprentissage d’une plumassière ?
Le lycée Octave Feuillet propose un CAP Plumassier. Toutes les filles qui travaillent dans notre atelier ont fait ou font cette école. Elle peuvent travailler la plume et savoir si elles aiment vraiment cela. Très souvent, ce n’est qu’en travaillant la matière que l’on sait si cela nous plait. Elles apprennent à reconnaitre les plumes, elles font des collages, des associations de plumes. Une fois embauchées chez nous, elles suivent une formation interne. Depuis que la Maison Février existe, les anciennes plumassières apprennent le métier et les techniques aux nouvelles générations.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Quelles qualités faut-il pour faire ce métier ?
Il faut de la dextérité, de la patience et surtout de la passion. L’amour de la plume, c’est que nous avons en commun et dès le départ. C’est tellement agréable de donner un costume fini à un client. Il est enchanté et c’est glorifiant pour nous.

Baptiste Riffard : Comment conserve t-on un costume ?
Une fois que les plumes sont travaillées, elle ne changent pas. Cependant, il ne faut surtout pas entreposer son costume dans une housse en plastique. La plume est une matière vivante et a besoin de respirer. C’est ce que j’explique à nos clients. Ici, le vrai problème, c’est la lumière. Les projecteurs décolorent les plumes.

Baptiste Riffard : Les techniques évoluent-elles ?
C’est toujours les mêmes instruments. Ils restent très basiques. Une de nos filles à 36 ans de maison, elle a toujours ses outils du début. Nous restons dans la tradition.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Quel est le prix d’une plume ?
Une belle plume d’autruche coûte entre 12 euros et 18 euros. Il faut savoir que les mâles produisent les plus belles plumes. Nous nous intéressons aux plumes situées sous les ailes car celles-ci sont écrues. L’autruche n’en possède qu’une dizaine. Nous pouvons teindre ces plumes dans des couleurs très vives ou dans des tons pastel. Il nous faut des plumes unicolores et très claires pour pouvoir les teindre dans tous les tons. Ces plumes étant rares, elles sont relativement chères.

Baptiste Riffard : Existe-t-il un marché ?
Nous travaillons depuis des années avec les mêmes fournisseurs. Nous nous connaissons très bien et je sais que la qualité sera respectée.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Y a-t-il de nouveaux produits ?
Il n’y a pas réellement de nouveaux produits. Depuis quelques années, le teinturier arrive à décolorer les plumes pour les recolorer. Sans ce procédé, le noir de la plume réapparait. Nous appliquons ce procédé aux plumes de faisans ou de paons. Nous avons 5 ou 6 races de Faisan différentes, ce qui nous permet d’avoir des plumes différentes. On se réinvente à l’infini.

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Photo : Thomas Van Geete

Baptiste Riffard : Y a-t-il des choses que vous n’êtes pas capables de faire ?
Rien n’est impossible. Nous testerons, nous recommencerons, mais nous y arriverons forcément. Nous trouverons toujours la solution pour réussir. Nous ne pouvons pas baisser les bras.

Baptiste Riffard : La nouvelle revue ?
Nous attendons avec impatience la nouvelle revue. Nous travaillons sur des prototypes. Nous sommes impatientes de faire de nouvelles choses.

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Photo : Thomas Van Geete

Les artistes sous la lumière du Moulin Rouge

Le Moulin Rouge a connu de grands noms tout au long de son histoire. La Goulue, Colette, Mistinguett, Edith Piaf, Line Renaud ont fréquenté ces lieux. Valentin le Désossé était, quant à lui, un artiste incroyable. Selon la légende, le danseur aurait réalisé plus de 39 962 valses, 27 220 quadrilles, 14 966 Polkas et Mazurkas, 1000 lanciers soit un total de 83 112 représentations sur les planches du Moulin Rouge! À son image, Benoît Caranobe est un artiste étonnant de par son histoire et son talent. Médaillé Olympique, l’athlète nous raconte son Art de Soliste Cancan au Moulin Rouge.

Games of the XXIXth Olympiad in Bejing/China 2008
Games of the XXIXth Olympiad in Bejing/China 2008 – Benoit Caranobe

3 – BENOIT CARANOBE, soliste Cancan au Moulin Rouge

Franck Demaury : Benoît Caranobe, quel est votre parcours ?
Je suis issu d’une fratrie de triplés nés dans le val-de-Marne en 1980 et mon parcours dès le début est celui d’un sportif de haut niveau classique. J’ai commencé la Gymnastique à l’âge de 5 ans. Puis, j’ai intégré la structure Sport Etude à 15 ans, l’équipe de France Junior à 16 ans et l’équipe de France Elite de 2001 à 2012. Pendant cette période, j’ai participé à plusieurs reprises à des compétitions comme les Championnats d’Europe, du Monde et Jeux Olympiques.

Parallèlement à cela, la passion du vin s’est installée et j’ai ouvert en 2010, en association avec mon père, un commerce de vente de vins et spiritueux à Noisy-le-Grand . Et en juillet 2014, j’ai vécu ma Première sur la scène du Moulin Rouge en tant que Soliste Cancan.

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Benoît Caranode © Moulin Rouge – J.Habas

Franck Demaury : Vous avez été médaillé de bronze au concours général individuel de gym aux JO de Pékin en 2008. Comment passe-t-on du sport de haut niveau à Soliste Cancan au Moulin Rouge ?
Tout part d’une rencontre, amoureuse ! J’ai rencontré Axelle, qui est danseuse au Moulin Rouge depuis plusieurs années, lors d’un gala de gymnastique en 2012. C’est elle qui a eu l’idée et qui a réussi à me convaincre de passer une audition au Moulin Rouge pour devenir Soliste Cancan.

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Benoît Caranode © Moulin Rouge – J.Habas

Franck Demaury : Comment pourriez-vous décrire ce nouveau métier et quel est votre quotidien ?
Au-delà de l’aspect  » paillettes, strass, revue, cabaret  » que j’ai d’ailleurs découvert avec émerveillement, je considère ce travail comme un prolongement de ma carrière sportive. L’arrêt d’une carrière pour un sportif de haut niveau est toujours un vrai déchirement et je retrouve, en tant que Soliste Cancan, beaucoup de similitudes.

Mes journées sont en tout cas chargées ! Dès que j’ai terminé ma journée dans mon commerce, je retire ma casquette de caviste et j’enfile mon costume de Soliste Cancan ! Génial non ?

Franck Demaury : Quelle est la plus grande difficulté de ce travail ?
La plus grande difficulté est de gérer le peu de sommeil ! Car je dois me lever le matin pour me rendre à ma boutique. Mais je prends tellement de plaisir que ce n’est qu’un détail !

Sur scène, d’un point de vue technique, il a fallu gommer le côté rigide et « compétition » du Gymnaste et m’adapter à effectuer des acrobaties sur surface dure . Et puis, rajouter le sourire, le contact avec le public et faire vivre un personnage !

Maintenant, je m’attache à essayer de donner la même intensité dans mes gestes et acrobaties à chaque représentation.

Benoît Caranode© Moulin Rouge - J.Habas
Benoît Caranode © Moulin Rouge – J.Habas

Franck Demaury : Que représente le Moulin pour vous ?
Pour moi, le Moulin Rouge c’est la magie de Paris, le Glamour ! C’est un cabaret historique et de loin le plus connu ! J’ai fait des compétitions dans le monde entier et on m’a toujours parler du Moulin Rouge !

Donc avoir la chance d’évoluer sur cette scène est pour moi un privilège et un honneur !

4 – JOLENE SLATER, Meneuse de Revue

Jardin des délices
©Moulin Rouge

Franck Demaury : Jolene, quel est votre parcours ?
J’ai grandi dans une petite ville de province dans l’état de Victoria en Australie. J’ai commencé à danser dès mon plus jeune âge. Puis, j’ai décidé de suivre ma passion et d’étudier la danse et l’art du spectacle à la Dance Factory à Melbourne.

Après avoir terminé mes études avec une bourse, j’ai commencé à travailler professionnellement le monde du divertissement. Des comédies musicales au cabaret en passant par l’enseignement, j’ai pu travailler et apprécier toutes les facettes différentes de la danse et du mannequinat avant d’arriver au Moulin Rouge en 2002.

Aujourd’hui, je suis vraiment chanceuse d’être une des principales danseuses du Moulin Rouge, c’est vraiment un honneur d’être meneuse de revue et de faire partie du spectacle « Féerie » !

Franck Demaury : Pourquoi avoir choisi de faire ce métier ?
Au départ, c’était pour m’amuser et faire quelques exercices mais c’est très vite devenu une passion puis un travail à temps plein.

Ma famille m’a vraiment influencé dans mon choix car j’ai toujours été baignée dans un univers de musique et de danse. C’était une évidence.

Jolene make-up PF

Franck Demaury : Comment votre histoire au Moulin Rouge a-t-elle commencé ? Pourquoi ce lieu ?
Tout d’abord, j’ai vu une annonce sur un site de danse. Et je me suis présentée le jour des auditions lorsque la maîtresse de ballet, Miss Janet Pharaoh, et son équipe sont venus en Australie dans ma ville natale, à Melbourne. Et après plusieurs heures d’auditions, j’ai été sélectionnée ! Quand je suis arrivée au Moulin Rouge, j’ai été très impressionnée mais tellement heureuse de faire partie de cette troupe. J’ai travaillé sans relâche tout en restant moi-même. Un jour, Miss Janet m’a auditionné pour la place de meneuse de revue de la revue « Féerie ». Je pense que le fait de rester naturelle m’a beaucoup servi.

Franck Demaury : Comment pourriez-vous décrire votre métier et votre quotidien ?
Le Moulin Rouge est ouvert 7 jours sur 7, 365 jours par an. Chaque artiste a un jour de repos par semaine donc c’est un rythme vraiment intense.

Nous devons être en pleine forme physiquement, la technique de danse est très dure, il y a beaucoup de discipline et il faut être capable de maintenir un très haut niveau d’énergie, exigé pour exécuter les 2 spectacles chaque soir.

En dansant le même spectacle tous les soirs, c’est très important de garder un équilibre au niveau de notre corps. Cela nécessite de faire travailler différents muscles, alors pendant la journée je prends le temps d’avoir des cours de danse ou de gym, des massages, des traitements de physiothérapie et j’essaye d’avoir une alimentation équilibrée.

J’aime aussi prendre du temps pour moi, aller faire un soin du visage  ou une manucure. Quand j’arrive au travail, je commence par me maquiller, ça me prend en général 20 à 30 minutes. Puis, j’utilise le temps qu’il me reste avant le spectacle pour m’échauffer. Je consacre les dix dernières minutes avant que le spectacle commence, à me maquiller le corps, me coiffer et mettre mon premier costume. Quand le deuxième spectacle termine à 1h30, je rentre directement chez moi pour dormir.

C’est tellement un rêve pour les danseurs du monde entier de travailler au Moulin Rouge que je suis très fière et j’apprécie d’autant plus mon travail. Je réalise mon rêve en dansant chaque soir devant un public enthousiaste.

Moulin rouge

Franck Demaury : Quelle est la plus grande difficulté de ce travail ?
Il faut travailler intelligemment, beaucoup et surtout croire en ses rêves sans jamais se décourager. Il faut aussi porter une grande importance à la danse classique, qui est le pilier d’une carrière. Moralement, être fort et ne jamais prendre la forte tête !

Et au quotidien, s’entretenir sans relâche. Je suis tous les soirs en première ligne et le ballet est derrière moi, il faut donc que je sois un exemple pour tous, le public comme les danseurs.