Alors que le soleil frappe l’océan depuis quelques heures, le bateau m’emporte vers l’île de Lankanfushi. Dans un anglais approximatif, un local au large sourire me dit : « No News, No shoes ». Voilà comment ce voyage commence …

Gili Lankanfushi Maldives

1er jour sur l’île

J’ai appris durant mon échappée à me laisser aller, à oublier les « codes ». L’homme prend mon sac comportant mes chaussures et revient avec une noix de coco de laquelle s’échappe une paille. L’air est chaud, le bateau effleure l’eau tant il navigue rapidement.

L’île apparaît. Un palmier, puis petit à petit la jungle se dresse à l’horizon. Seuls des cris d’oiseaux surgissent dans un silence méconnu jusqu’alors. Sur la jetée, le manager m’attend. Il me souhaite la bienvenue, m’accompagne jusqu’à la plage et me conseille de profiter de chaque instant. Un majordome, nommé ici Mister Friday (Mr Vendredi) en rappel à Robinson Crusoé, m’accueille avec discrétion. Dans une voiturette électrique, il me balade à travers une végétation luxuriante. Les résidents semblent sereins. Une question résonne à chaque personne que nous croisons : « Comment vous sentez-vous ? ». Étrange, c’est une question que j’employais autrefois, dans cette « ancienne » vie avant mon départ. « Je vais bien merci », répondis-je à chaque fois. Je ne sais pas si j’allais réellement bien mais pour sûr, je me sentais apaisé.

À la villa, Mr Friday m’emmène jusqu’à une vasque en terre cuite. J’attrape alors la demi-coque d’une noix de coco que je plonge dans le pot rempli d’eau pour nettoyer mes pieds ensablés. En entrant dans la maison, la lumière domine. Une première pièce fait office de salon avec ses larges coussins, sa petite table et les services habituels de l’hôtellerie (mini bar, ..). Sur ma gauche, un escalier me mène à une tourelle. Tel un mirador, le lieu m’ouvre la vue sur l’infini, la barrière de corail et un camaïeu de bleus époustouflant. En redescendant, je découvre une vaste salle de bains aux tons sombres. Un vieux ventilateur me plonge dans une autre époque. Deux vasques reposent sur des meubles en bois noir, une large baignoire offre une vue imprenable sur l’océan, tandis qu’un pont m’emmène jusqu’à la douche légèrement excentrée.

En ouvrant la chambre, je me sens tel un explorateur. Alors, je découvre mon bureau en bois marron foncé, un vaste divan rempli de coussins orangés et rouges et un grand lit au matelas épais autour duquel une large moustiquaire attend d’être fermée pour que je puisse me reposer.

Mr Vendredi, de son vrai prénom Atheef, me laisse seul. Après l’explication de tous les services, il me dit : « appelez-moi quand vous voulez 24/24 ». Adorable mais impossible pour moi d’être comme Robinson, avoir un servant ne serait-il pas d’une autre époque ?

Porte close, je me dirige sur la terrasse. Un verre de vin à la main, je me plonge dans un filet suspendu pour admirer le paysage. À dix centimètres à peine, une pléthore de poissons drôlement colorés s’approchent. Suis-je un spectacle pour eux ? Pour moi, ils en sont un. Après avoir observé la nature humaine pendant de longues années, je découvre le règne animal et sa liberté avant de m’endormir.

Au 2ème jour

J’ai suivi les conseils du manager, je me suis relaxé. Tellement relaxé que j’en ai oublié mon rendez-vous pour le snorkeling. Alors que je déjeune sur la plage, face à l’océan, Atheef s’approche de moi et me dit « Vous allez être en retard pour la plongée ». « Impossible, il n’est que 9h30 et je dois y être dans une heure Atheef ! ». « Ah, vous devez avancer votre montre d’une heure, n’oubliez pas ! », me dit l’homme. J’avais effectivement avancé ma montre mais mon téléphone était bien en vacances. Il était resté sur l’heure de Malé et le changement de fuseau horaire n’avait pas été fait. J’avais la matinée pour moi. Enfourchant le vélo, je roule à toute vitesse à travers la jungle. J’ai soif de découverte. Sur un panneau, je vois les mots « Organic Garden ». À proximité de celui-ci, se trouve un jardin où des légumes, des fruits et diverses plantes poussent. Je pénètre dans l’espace clos et rencontre un homme qui m’invite à découvrir différentes saveurs. Je comprends alors que l’ensemble des végétaux cultivés ici composent les mets proposés aux restaurants. Au loin, le Chef cueille ce dont il aura besoin pour le déjeuner. Le reste de la journée s’est écoulé au même rythme qu’elle avait commencé, paisiblement. Après une série de longueurs dans la piscine, une promenade sur le rivage de l’île, de multiples photos et un surprenant soin au Meera Spa, je me sens bien. J’ai pris le temps pour moi, un instant pour découvrir réellement les choses. À la nuit tombée, le cocktail du manager commence. Une myriade de lampions éclaire la plage. Un marché asiatique propose une variété impressionnante de plats. Du poulet épicé au bœuf thaï, en passant par les légumes cuisinés façon Maldivienne et les desserts aux fruits, je me laisse embarquer dans un carrousel des saveurs, une folle course culinaire où mon palais et mes sens découvrent de nouvelles sensations parfois épicées…

Sur le vélo, en pleine jungle plongée dans une nuit sombre, je roule à toute vitesse. Les bruits donnent une autre dimension au lieu. Arrivé sur la jetée à laquelle ma villa est attachée, je découvre un ciel étoilé comme jamais j’en avais vu. Sur la terrasse, la journée se termine par une coupe de champagne. Le goût n’est pas différent de celui que nous dégustons ailleurs dans le monde, mais le moment l’est …