PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Monsieur Erik Perey (Luxury Attitude), Jérôme Tourbier (Les Sources de Caudalie) ou encore Nicolas Bos (CEO de Van Cleef & Arpels), c’est au tour de Madame Ponsolle des Portes  du Comité Colbert de se confier à Luxurydesign.

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Franck Demaury : Madame Ponsolle des Portes, pourriez-vous vous présenter en quelques mots et nous expliquer votre parcours ?
Agrégée de l’université, j’ai fait de l’enseignement et de la recherche, puis ai longtemps travaillé pour les musées, d’abord à la Direction des Musées de France du Ministère de la Culture, puis en tant que Secrétaire Générale du Conseil international des musées (ICOM). En 1998, j’ai été nommée Directrice Générale de l’Union des Fabricants et en 2003, Déléguée Générale du Comité Colbert. Cette nomination témoignait de la volonté des industriels du luxe de mettre en valeur et de promouvoir la dimension culturelle d’une industrie à forte valeur ajoutée, dont les métiers et les savoir-faire d’excellence s’inscrivent de droit au cœur du patrimoine immatériel français.

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Elisabeth Ponsolle des Portes – Photo : Julio Piatti – Copyright : Comité Colbert

Franck Demaury : Pourriez-vous nous décrire le Comité Colbert, sa place dans le Monde et ses missions ?
Le Comité Colbert est une association créée en 1954 par Jean Jacques Guerlain rassemblant aujourd’hui 81 maisons de luxe françaises issues de 13 secteurs d’activité, 14 institutions culturelles associées et 6 membres européens. Le Comité Colbert a 5 missions clés:
- Incarner le goût français et porter les valeurs qui lui sont spécifiques,
- Élaborer et mettre en œuvre la stratégie collective du luxe français, complémentaire de la stratégie individuelle de ses membres,
- Anticiper l’avenir. Lieu d’échanges, de bonnes pratiques et de réflexion prospective, le Comité Colbert fournit à ses membres les outils de leur développement futur,
- Promouvoir à travers le monde l’art de vivre français qu’il représente. Il met en scène des événements sur les 5 continents qui manifestent les liens étroits qui unissent le luxe à la culture,
- Assurer le développement de ses maisons, en intervenant en tant qu’interlocuteur privilégié auprès des pouvoirs publics en France, en Europe et dans le monde.

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Cartier – Membre du Comité Colbert

Franck Demaury : Comment les maisons intègrent-elles le Comité Colbert ?
Les membres du Comité Colbert se cooptent chaque année. Toute nouvelle maison candidate doit être parrainée par deux maisons et répondre aux 5 critères d’admission que sont : l’ambition internationale et le caractère identitaire de la marque, la qualité, la création, la poésie de l’objet, et enfin l’éthique.

Franck Demaury : Quelle est la place des nouveaux arrivants au sein du Comité ?
Toutes les maisons du Comité Colbert se trouvent sur un pied d’égalité, et ce indépendamment de leur ancienneté, ainsi les nouvelles maisons occupent la même place que les autres au sein du Comité.

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Van cleef & Arpels – Membre du Comité Colbert

Le Luxe, la mondialisation et le Comité Colbert

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir le luxe ?
Le Comité Colbert se garde de donner une définition du luxe car nous considérons qu’ilrelève de l’intime et du personnel. En revanche il représente pour chacun une aspiration vers le rare, le précieux, l’exceptionnel – ce qui fait le sel de la vie… et l’art de vivre français.

Franck Demaury : Quelle est la place de l’artisanat, aujourd’hui, au sein de ce monde du luxe ?
Les grandes maisons de luxe jouent un rôle de transmission essentiel pour les métiers de la main. Métiers de passion et d’exigence, ils offrent de réelles perspectives de carrière mais ils sont mal connus ainsi que les formations qui sont très diverses. C’est pour cette raison que le Comité Colbert promeut ces métiers auprès des jeunes générations. Il vient ainsi de s’associer à l’initiative « Je filme le métier qui me plaît » soutenue par l’Éducation nationale. Le Comité Colbert mène en parallèle une politique pour valoriser ses artisans en proposant chaque année des candidats dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Franck Demaury : Comment le luxe à la française est-il perçu dans le monde ?
C’est la culture française et son art de vivre qui font rêver le monde. C’est parce que nous en sommes l’expression que nos maisons fascinent à l’étranger.Je considère que l’art de vivre à la française est né au Moyen Âge, au cours du XIIème siècle, sous l’influence de la littérature courtoise. Cette culture du raffinement et de l’élégance a développé des savoir-faire régionaux devenus des entreprises familiales dynamiques au cours de la Révolution industrielle puis des marques de prestige au XXème siècle. Nous sommes la seule industrie du luxe au monde à posséder des racines aussi profondes.

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Van Cleef & Arpels

Franck Demaury : La mondialisation a-t-elle un effet positif sur les maisons de luxe françaises et l’artisanat ?
Le secteur du luxe a su générer de la croissance grâce aux efforts accomplis pour s’implanter dans les économies émergentes et au pari fait sur l’excellence des produits, la créativité et l’innovation. La mondialisation a éveillé la conscience collective et donne de la valeur au local. Aujourd’hui, les maisons françaises continuent de cultiver des savoir-faire uniques, ancrés dans des territoires porteurs de notre identité culturelle – atout majeur dans l’économie globalisée.

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Louis Vuitton – Membre du Comité Colbert

Franck Demaury : Peu de femmes sont à la tête de grands groupes ou de grandes maisons ? Quelle est la raison majeure selon vous ?
C’est une constatation de l’état de notre société qui n’est pas propre au luxe…

Franck Demaury : Selon vous, comment va évoluer le luxe et son éco-système dans le futur ? A quoi les Maisons devront-elles faire face ? Et le Comité Colbert ?
Nos défis pour l’avenir : préserver nos savoir-faire, renouveler notre créativité et renforcer le leadership sur le secteur.

Le luxe et le digital

Franck Demaury : Le luxe et le digital peuvent-ils cohabiter selon vous ?
Bien sûr ! Aujourd’hui, notre secteur est l’un des grands acteurs du digital, sur lequel il imprime son exigence de qualité et sa créativité. Et si nos maisons comptent plus de 200 millions de followers sur les réseaux sociaux, c’est bien qu’elles parlent aux jeunes générations connectées !

Franck Demaury : Comment le Comité Colbert s’est-il adapté au digital ?
Le Comité Colbert a toujours encouragé la présence des maisons dans le digital qui constitue pour elles une formidable opportunité. Elles se sont rapidement saisies de ce nouveau mode de communication et ont réalisé des investissements significatifs afin d’offrir aux internautes des sites d’e-commerce, institutionnels, etc. qui répondent à leur impératif d’excellence.

Le digital est une opportunité de développement, complémentaire des circuits physiques de distributions des marques et nous avons beaucoup œuvré pour que le modèle de distribution sélective s’applique également dans le digital afin d’offrir aux clients en boutique et en ligne les mêmes garanties en matière de service, d’expérience d’achat et de protection contre la contrefaçon.

Le marché du luxe

Franck Demaury : Selon vous, n’y a-t-il pas trop de maisons de luxe, de designers, de créateurs, de marques ?
Au contraire ! Le dynamisme du secteur repose sur la diversité proposée par la création des maisons de luxe. Chacune d’entre elles a une histoire et un patrimoine – celui du luxe français et de ses valeurs fondatrices : la qualité, la création, l’éthique conjuguées à une forte ambition internationale.

Je considère la pâtisserie comme un Art avec un grand A, en ce sens qu’elle est un véritable mode d’expression de la sensibilité, au même titre que la musique, la peinture, la sculpture. Mon seul guide est le plaisir. Pierre Hermé

Les talents des maisons œuvrent quotidiennement à enrichir le secteur du luxe par l’identité unique qu’ils parviennent à créer. Et ce dynamisme enrichit aussi le Comité Colbert qui, depuis quelques années, a coopté de nombreuses jeunes maisons dont Christian Liaigre, Éditions de parfums Frédéric Malle, Hervé Van der Straeten, Lorenz Bäumer Joaillier, Pierre Hardy, Pierre Hermé Paris, ou encore la Maison Francis Kurkdjian.

Franck Demaury : Certaines marques sont copiées et souffrent de nombreuses contrefaçons. Cela est-il évitable ? Comment le Comité Colbert agit sur ce point ?
La stratégie du Comité Colbert en termes de contrefaçon se présente sous trois axes principaux :
- Le suivi réglementaire. Actuellement, nous nous mobilisons pour que l’Union Européenne impose aux grandes plateformes un devoir de diligence et se trouvent de ce fait responsables des produits contrefaits qu’elles proposent à la vente.
- La collaboration avec les pouvoirs publics et les acteurs sur le marché. Nous cherchons ainsi – sans grand succès pour l’instant – à mobiliser les opérateurs bancaires étant donné que les achats de contrefaçon se font essentiellement en ligne par le biais de cartes bancaires.
- La mise en place de campagnes de sensibilisation. En ce moment, le public est mobilisé par la campagne #patrimoineetcréativité que nous menons avec l’UNESCO.

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Franck Demaury : Que représente le luxe aujourd’hui, en termes d’emplois et de revenus ?
En 2015, le Comité Colbert compte 81 maisons qui réalisent 42 milliards d’euros de chiffres d’affaires, dont 86% à l’étranger. Elles emploient 180 000 personnes en France dont 51 000 directement.

Et vous ?

Franck Demaury : Quelle est votre plus grande fierté ?
Mes deux fils !

Franck Demaury : Votre moment « luxe », ce serait quoi ?
À titre très personnel, le luxe pour moi est d’avoir accès à toutes les formes de création : littérature, peinture, musique…mais c’est aussi de dormir, dans le silence, sur une plage, au soleil !

Franck Demaury : Qu’est ce qui est le plus important pour vous au quotidien ? Personnellement ? Professionnellement ?
Découvrir des êtres et apprendre des choses.

Le Comité Colbert et son nouveau Président

Le vendredi 10 juin, Guillaume de Seynes a été élu président du Comité Colbert pour un mandat de quatre ans. Il remplace Michel Bernardaud, Président Directeur Général de la maison Bernardaud, élu depuis 2012.

Hermès est membre fondateur du Comité Colbert en 1954. Directeur Général de la Maison Hermès, Guillaume de Seynes représente aujourd’hui la sixième génération de la famille qui contrôle la maison Hermès. Président de John Lobb et Vice-président du Comité Colbert depuis 2012, Guillaume de Seynes a activement participé aux réflexions stratégiques et aux échanges menés au sein du Comité Colbert au nom de la maison Hermès.

Il assume également la présidence de l’ECCIA (European Cultural and Creative Industries Alliance) au nom du Comité Colbert, pour 2 ans.

« Honoré de la confiance que m’accordent 81 maisons françaises du luxe, je m’attacherai à attiser la passion pour la création et les savoir-faire qui constitue le ciment de ce collectif unique qu’est le Comité Colbert », a déclaré Guillaume de Seynes lors de sa prise de fonction.