C’est avec Victoire Gineste, Commissaire-priseur chez Christie’s et spécialiste en Art que nous vous expliquons son métier et les raisons d’investir dans l’Art.

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Victoire Gineste, pourriez-vous présenter votre parcours ?

Initialement je voulais suivre la voie paternelle et devenir médecin, puis mes capacités plus littéraires que scientifiques m’ont poussée vers le droit et l’histoire de l’art et peu à peu s’est dessinée l’évidence de devenir commissaire-priseur, ce médecin généraliste des objets, et souvent des familles, qui pose un diagnostic et fait appel le cas échéant à un spécialiste. Maîtrise de droit et licence d’histoire de l’art en poche je présente l’examen. Reçue, mon stage de commissaire-priseur s’est d’ abord déroulé à Versailles Enchères (dans une étude à fonctionnement plus provinciale avec vacations le dimanche) puis à Drouot Estimations. C’est une fois diplômée que j’ai intégré notre belle maison à dimension internationale.

Pour quelles raisons avez-vous souhaité devenir experte en Art et travailler dans la vente d’œuvres d’art ?

Depuis mon plus jeune âge, mes parents profitaient de n’importe quelle excursion pour m’emmener visiter un château, une église, un musée ou toutes autres curiosités touristiques. Papa, qui était plus libre pour prolonger ses vacances d’été, ne manquait pas un retour de Bretagne pour prendre le chemin des écoliers et me faire découvrir quelques merveilles historiques. Je me rappelle de vacances de Noël où nous avions en famille fait une halte au Mans pour admirer une vanité de Philippe de Champaigne, puis au château d’Angers où sont conservées les Tapisseries de l’Apocalypse !

Par ailleurs, la salle des ventes a toujours été le lieu des promenades du weekend end. Un ami d’enfance de maman était commissaire-priseur et nous ne manquions pas une de ses ventes. Il y avait toujours un petit cadeau à faire en prévision de tel ou tel anniversaire, un meuble à trouver pour combler un manque…

Quelles sont vos fonctions au sein de Christie’s ?

Je suis d’une part chargée des inventaires et d’autre part, j’effectue des ventes en tant que commissaire-priseur.

Selon vous, l’art fait-il partie du monde du luxe ?

Oui, pour le haut de gamme. Mais de même qu’il faut distinguer le prêt à porter de la haute couture, de même il faut distinguer les ventes d’objets d’art courants des biens d’exception, comme nous en présentons chez Christie’s. Fort heureusement des productions artistiques sont accessibles à un grand nombre. J’aime à dire qu’en salle des ventes, on trouve des commodes d’époque à meilleur compte que des meubles actuels proposés par une grande marque suédoise.

Qu’est-ce que l’Art pour vous ?

La création d’objets ou de performances éveillant, chez l’Homme, un pan de sensibilité inédit, plus ou moins lié au plaisir esthétique.

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L’Art, un investissement certain ?

Comment se porte le marché de l’Art ?

Il prospère. Certes, nous traversons une période  de ralentissement et de recentrage. Mais les résultats des dernières ventes d’Art Contemporain de Christie’s font apparaitre des taux de vendus frôlant les 90 %. Il me semble difficile de parler de crise. Le marché se resserre : moins d’œuvres avec des estimations supérieures à 20 millions d’euros sont offertes ce qui diminue le chiffre d’affaires global. Mais demeure un nombre toujours très important d’acquéreurs potentiels malgré un volume plus limité d’œuvres proposées à la vente.

Selon vous, pourquoi faut-il investir dans l’Art ?

Pour le plaisir avant tout. Sans doute un expert en art contemporain ou un banquier évoqueraient l’investissement d’actifs sous forme d’œuvres d’art mais à mon sens ce qui doit commander c’est le plaisir et le goût.

Comment établissez-vous la côte d’une œuvre ?

En analysant les résultats du marché pour des œuvres similaires. Aujourd’hui, nous disposons d’outils particulièrement efficaces et de base de résultats tant externes qu’internes permettant de comparer les évolutions de prix sur une vingtaine d’années.

L’Art n’est-il pas un effet de mode ?

Certains artistes répondent à un effet de mode et cela se reflète dans leur côte qui peut atteindre des sommets mais aussi comporter des creux. Globalement, l’Art est une histoire de goût, de curiosité et de sensibilité.

Où commence le marché de l’Art ?

Là où pour chacun commence la création. Je pense que l’on peut avoir plusieurs points de départ selon sa sensibilité et son éducation.

Comment investir dans l’Art sans être millionnaire ?

En chinant, en écumant les brocantes, les salles de ventes mais aussi en poussant les portent des ateliers d’artistes et celles des galeries. On peut aussi commencer une collection de dessins anciens à bas prix et en achetant des artistes de renoms.

Dans quoi faut-il investir en 2017 ?

Les mobiliers et objets d’art dès XVIIIème et XIXème sont des créations de qualité exceptionnelle et souvent trop dénigrées. Je crois aussi beaucoup à la planche de Bande Dessinée comme l’expression du dessin contemporain. 

Qu’est ce qui a fait la réputation de Christie’s dans ce domaine ? Qu’est ce qui fait le succès des ventes Christie’s ?

Christie’s doit sa réputation à ses spécialistes de grande qualité et au savoir très aiguisé. Nous avons de par le monde des spécialistes dans tous les domaines. Nous contactons volontiers le bureau de Londres ou celui de New York si nous croisons un meuble anglais ou américain; de même nos collègues étrangers ne manqueront pas de nous interroger pour des artistes régionaux ou des créations typiquement françaises.

Les ventes de Christie’s sont sélectives, harmonieuses, cohérentes et saines. Les objets ont le plus souvent des pedigrées irréprochables et sont chargés d’histoires. 

Où trouvez-vous les pièces ?

Connaissez-vous la théorie des 4D ? « dette, décès, divorce et déménagement »

Qui sont vos concurrents dans votre domaine ?  Quelles sont les principales différences avec eux ?

Les autres maisons de ventes internationales. À Paris nous avons su construire des ventes dans de multiples domaines en prenant appui sur l’expertise acérée de nos spécialistes. Nous sommes implantés en métropole de longue date et nous avons su construire et consolider des liens forts avec nos clients.

Qui sont vos clients ? Quelles sont leurs attentes ?

Des citoyens du monde. Ils attendent de nous un service d’excellence comme de n’importe quelle maison de luxe. Nous connaissons leurs intérieurs et anticipons leurs besoins. Nous les aidons à faire évoluer leurs collections en leur apprenant à céder certaines pièces pour en acquérir de nouvelles plus en adéquation avec le reste de leur ensemble. Nous les éduquons à des spécialités qu’ils connaissent moins et portons une oreille attentive à leur inquiétude relative à la transmission. Nous sommes aussi là pour les accompagner dans les moments de détresse telle la disparition d’un proche et anticiper ces questions patrimoniales.

Quelle est votre plus belle vente dans le domaine de l’Art ?

Sans conteste la vente de la collection Saint Laurent : elle restera une dispersion unique en tous points.