PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Erik Perey (Luxury Attitude), Jérôme Tourbier (Les Sources de Caudalie) ou encore Nicolas Bos (CEO de Van Cleef & Arpels), c’est au tour de Monsieur Matthieu Lamoure, Directeur Général Artcurial Motorcars de se confier à Luxury Design.

Artcurial motorcars tribune vente

Franck Demaury : Matthieu, pourriez-vous présenter votre parcours, votre histoire ?

Matthieu Lamoure : Originaire du Lot dans le sud-ouest, mon goût pour la beauté des lignes et ma sensibilité pour l’Art m’ont été insufflés par ma mère, professeur d’Arts Plastiques et d’Histoire de l’Art, avec qui je visitais les musées européens pendant mon enfance.

Arrivant à Paris à l’adolescence, je découvre très vite les ventes aux enchères de voitures de collection d’Hervé Poulain au Palais des Congrès. Ce fut pour moi une révélation : j’y découvris le parfait mariage de mon amour pour l’automobile et le spectacle vivant !

Matthieu Lamoure dans voiture - © Artcurial

Après le baccalauréat, adorant dessiner des objets industriels, je fus tenté par des études de design automobile mais la création étant une activité où le face à face avec soi-même est permanent, je me suis dirigé vers des études qui combinaient l’Art et le commerce.

En parallèle, j’effectuais des stages dans les ventes d’Hervé Poulain jusqu’au jour où je fus embauché ! Après avoir commencé en bas de l’échelle, à force de travail et détermination, de nombreux voyages, de belles ventes, d’une expérience dans une maison anglo-saxonne et surtout d’amour pour ce métier, j’ai gravi les échelons pour reprendre avec mon équipe, il y a six ans de cela, le département automobile de mon mentor : Maitre Hervé Poulain, toujours présent à mes côtés.

Une jolie histoire remplie de sentiments et de passion !

Franck Demaury : Quelles ont été les plus grandes difficultés au cours de votre carrière ? Les plus grandes satisfactions ?

Matthieu Lamoure : La plus grande difficulté dans ce métier est de repartir à zéro après une vente. On doit réécrire trois à cinq fois par an un nouveau livre ! Nous sommes constamment remis en question, il s’agit presque d’un passage d’examen à chaque vacation. Le sourcing est notre quête permanente. Bien entendu, nos résultats nous précèdent et c’est pour cette raison que les propriétaires de belles automobiles nous confient leurs biens et leur confiance. Le challenge de mon métier réside également dans la recherche et la promotion de l’exception : ces lots importants qui sont indispensables pour donner la tonalité d’une vente lorsqu’ils sont combinés à un bon marketing et une bonne communication.

Lorsque nos vendeurs ont le sourire après une vente, voilà la plus grande des satisfactions. Ces sourires et ces remerciements récompensent un travail bien fait dans lequel les vendeurs, comme les acheteurs, sont heureux. La relation que l’homme entretient avec l’automobile est presque charnelle tant elle est passionnée.La plupart du temps, un vendeur se sépare de son automobile par nécessité, et non pas parce qu’il ne l’aime plus. Notre mission est de faire naitre cette amour dans le cœur d’un acheteur potentiel. Et lorsque plusieurs personnes la désirent, la veulent à tout prix, là commence la bagarre…d’enchères !

En terme de satisfactions factuelles, même si cela est rare, découvrir des voitures oubliées dans le fond d’une grange me procure à chaque fois un sentiment de bonheur absolu, tel un aventurier dont la quête du trésor est récompensée ! Je pense notamment à la découverte exceptionnelle, unique dans une vie professionnelle, de la Collection Baillon qui fut dispersée à prix d’or à Rétromobile en 2015.

Artcurial motorcars 1956 MASERATI A6G 2000 GRAN SPORT BERLINETTA FRUA - COLLECTION BAILLON - SOLD 2 ME-2,2M$ - AUCTION ROOM ∏ ARTCURIAL

Franck Demaury : Quelles qualités faut-il avoir pour occuper un tel poste ?

Matthieu Lamoure : La vie, c’est insister en permanence et ne pas cacher ses sentiments. Les qualités générales requises dans ce métier sont les mêmes partout, il s’agit d’un principe de vie : honnêteté, ouverture d’esprit, savoir-être, combativité, endurance, culture automobile bien entendu mais générale également, inventivité, sociabilité et adaptabilité. Ensuite, il y a de la magie en chacun de nous, il faut la faire fonctionner.

La vie, c’est insister en permanence et ne pas cacher ses sentiments

Franck Demaury : Quelles sont vos fonctions au sein de la marque ? Comment s’organise une journée type pour un Directeur Général ?

Matthieu Lamoure : Depuis six ans, je suis Directeur d’Artcurial Motorcars, département Automobile d’Artcurial qui fonctionne de manière quasi autonome par rapport aux autres spécialités de la Maison. D’autre part, je fais partie depuis un an du Comité Exécutif qui réfléchit à l’orientation d’Artcurial d’une manière générale, de sa stratégie globale et des grandes décisions. Il s’agit d’une fonction très intéressante qui me permet de poser un regard plus large sur l’Art et les différentes spécialités de notre Maison de ventes.

Au sein d’Artcurial Motorcars, je me décrirais d’avantage comme un « animateur » plutôt qu’un directeur. Certes, je donne la voie, mes idées mais je les partage avec mon équipe, nous réfléchissons ensemble, ce qui est toujours très enrichissant. J’ai une confiance aveugle en mon équipe et je pense que c’est réciproque. Voilà une des raisons majeures du bon fonctionnement et à fortiori des bons résultats d’Artcurial Motorcars. J’ai le bonheur d’avoir une seconde famille, professionnelle celle-ci. Il s’agit d’une richesse extraordinaire dans la vie.

Artcurial motorcars Equipe Motorcars devant Artcurial - © Artcurial

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir le luxe ? L’excellence ? La qualité ?

Matthieu Lamoure : Idéalement, la qualité ne doit pas être un luxe ! Artcurial est la première Maison française de ventes aux enchères. Dans notre domaine, le luxe se traduit donc par la qualité du service que nous proposons à nos clients et les prestations que nous leurs fournissons. La valeur ajoutée d’Artcurial Motorcars et d’Artcurial reste l’expertise ainsi que notre capacité à mettre tous les moyens en œuvre pour atteindre les meilleurs prix pour chaque objet confié. Je mets autant de passion et de conviction pour vendre une Citroën 2CV à 15 000€ qu’une Ferrari 335 S à 32 000 000€ ! Le luxe est cette capacité à projeter une passion intacte quelque soit le produit proposé.

Artcurial motorcars 1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer, Collection Bardinon - 7 ©ArtcurialPhotographeChristianMartin
1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer, Collection Bardinon ©Artcurial Photographe Christian Martin

Artcurial motorcars 1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer, Collection Bardinon - 9 ©ArtcurialPhotographeChristianMartin
1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer, Collection Bardinon ©Artcurial Photographe Christian Martin

Artcurial motorcars 1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer Collection Bardinon - 8 ©ArtcurialPhotographeChristianMartin
1957 Ferrari 315 335 S Scaglietti Spyer, Collection Bardinon ©Artcurial Photographe Christian Martin

Par définition, les produits que nous proposons en vente, que ce soit des automobiles de collection, des tableaux modernes ou contemporains, du mobilier ancien, du design, etc. ne sont pas des objets de première nécessité, ce sont des produits de luxe. La notion de luxe variant selon chaque individu, le service doit être le même pour chacun quelque soit l’objet acheté et son prix. Le luxe réside donc dans la qualité du service.

Artcurial Motorcars et vous

Franck Demaury : Pour vous, que représente Artcurial Motorcars ?

Matthieu Lamoure : Artcurial Motorcars représente la meilleure Maison en Europe pour vendre ou acheter des automobiles de collection. Nous apportons un conseil sur mesure à chaque client qu’ils soient vendeurs ou acheteurs, toujours avec la même passion commune pour l’automobile et cet amour pour ce métier des enchères. Je suis convaincu qu’il s’agit du meilleur moyen pour tout propriétaire de vendre mieux.

Artcurial Motorcars représente également un esprit de famille, une fraternité au sein d’une équipe dans laquelle nos clients aiment être choyés. Il s’agit du moteur même de notre label, notre force. Cette unité nous est enviée par nos concurrents !

Artcurial motorcars vente

Franck Demaury : Qu’est ce qui a fait la réputation d’Artcurial Motorcars ?

Matthieu Lamoure : La réputation d’Artcurial Motorcars est faite par la permanente objectivité dans nos conseils d’achat et recommandations envers les acheteurs, notre expertise donc et notre capacité à atteindre régulièrement des records mondiaux grâce à la qualité des automobiles sélectionnées et la force de frappe de notre communication. Nous avons je pense une réputation de professionnalisme dans notre travail, sans nous prendre trop au sérieux !

Franck Demaury : Qu’avez-vous changé chez Artcurial depuis votre arrivée ?

Matthieu Lamoure : Le département automobile d’Artcurial a dans un premier temps été rebaptisé « Artcurial Motorcars ». Cela montrait de manière immédiate une ambition internationale et sous-entendait un changement radical d’équipe. Au niveau stratégique, nous avons abandonné le Palais des Congrès de Paris, un peu vieillissant (il s’est rattrapé depuis !) pour organiser des ventes au milieu d’évènements automobiles comme le Salon Rétromobile ou encore Le Mans Classic.

La qualité des catalogues a littéralement changé en prenant soin à la qualité des images et aux descriptions. En terme de communication, nous devions être omniprésents, à la manière des anglo-saxons. Le marketing est toujours un outil fort de notre savoir-faire. Ensuite, la nouvelle entité a apporté un souffle nouveau au marché en général, une recette alliant ce fameux savoir-être avec un grain d’originalité et de fantaisie qui fait notre particularité.

Franck Demaury : Où trouvez-vous les pièces ?

Matthieu Lamoure : Hervé Poulain a créé la spécialité des ventes automobiles en 1974. Il n’a jamais abandonné ce domaine et a toujours réalisé des ventes depuis lors. Notre fichier de collectionneur est donc très vaste et international, nous l’exploitons en permanence. De plus, grâce à nos bons résultats, un grand nombre de vendeurs nous contactent spontanément car ils savent que nous mettrons tout en œuvre pour obtenir le meilleur prix pour leur automobile.

Sans oublier le bouche-à-oreille et évidemment des consultants qui trouvent des voitures pour nos ventes. Il s’agit d’un métier dans lequel le voyage est omniprésent. Les spécialistes et moi-même faisons 1 à 3 allers-retours par semaine pour visiter les collectionneurs.

Artcurial motorcars Panhard-Levassor Dynamic coupe X76, Collection Baillon Artcurial
1936 PANHARD-LEVASSOR DYNAMIC X76 COUPE JUNIOR – COLLECTION BAILLON – SOLD TO THE FRENCH STATE 56 000E-63 360 $

Franck Demaury : Qui sont vos concurrents dans votre domaine ?

Matthieu Lamoure : En Europe, nos concurrents sont RM et Bonhams. Actuellement, on voit en France des ventes aux enchères de voitures organisées par des commissaires-priseurs dont l’appât du gain est la seule motivation. Ceux-là n’ont aucune histoire, aucune légitimité avec l’automobile. Comprenez qu’il est plus facile de trouver une voiture à 100 000€ qu’une commode du XVIIIe siècle au même prix. Ces ventes sont des échecs d’une part pour les vendeurs et d’autre part pour le marché. Mais une vente de voiture ne s’organise pas comme une vente de tableaux et l’expertise de l’objet n’est pas la même. Une voiture est une machine vivante, avec tout ce que cela peut amener comme problème !

Franck Demaury : Quelle est votre plus belle vente ?

Matthieu Lamoure : Chaque vente m’a marqué et implique des souvenirs merveilleux. Evidemment, l’aventure de la Collection Baillon a été exceptionnelle de A à Z. Du tout premier jour de la découverte, l’exploration avec une lampe de poche entre les dents grimpant sur les carcasses recouvertes de 50 ans de poussières, cette sensation de vivre un moment unique dans ma vie, au long mois de patience entre le jour de la découverte et le jour de la signature du mandat de vente, à l’accueil des télévisions et journalistes divers sur place, de la réalisation du catalogue, à l’acheminement de ces pièces fragiles de musée, à la mise en scène de l’exposition à Rétromobile, à ces yeux des spectateurs pleins de surprises, ces regards de grands enfants, à la stupéfaction de la presse mondiale face à ce trésor, l’émoi de la vente, cette foule de 5000 personnes devant la scène et ces dizaines de mains levées représentant chacune l’espoir d’un rêve d’aventure… Sans oublier, cette relation proche que nous avons tissée avec les enfants Baillon qui reviennent à présent acquérir à leur tour des voitures dans nos ventes…

Une de mes plus belles ventes est aussi celle qui a forgé ma compréhension de l’échec, vous savez, ce moment qui ramène sur terre et vous oblige à ne jamais oublier l’humilité !

Artcurial motorcars 1961 Ferrari 250 GT SWB California Spider et 1956 Maserati A6G Gran Sport Frua , Collection Baillon - ∏ Artcurial
1961 Ferrari 250 GT SWB California Spider – 1956 Maserati A6G Gran Sport Frua – Collection Baillon
Artcurial motorcars Decouverte Collection Baillon 12 © Artcurial
Collection Baillon

Franck Demaury : Quelles automobiles pourraient intégrer les ventes Artcurial dans 50 ans ?

Matthieu Lamoure : Toutes les voitures déjà en vente actuellement, mais quelle image auront-elles dans 50 ans et pourra-t-on encore rouler avec ? Et toutes celles un peu rares des années 1990 à 2030, sans oublier quelques voitures fonctionnant à hydrogène voir des automobiles volantes et des vaisseaux spatiaux ?!!!

Franck Demaury : Quelles sont les prochaines étapes pour Artcurial Motorcars  (Worldwide / France) ?

Matthieu Lamoure : Toujours tenter de dénicher des automobiles oubliées, faire rêver et ne jamais oublier ce pour quoi nous faisons ce métier : la passion. En ce qui concerne les projets stratégiques, permettez-moi de faire jouer ma clause de confidentialité !

Artcurial motorcars 1949 TALBOT LAGO T26 GRAND SPORT SWB PAR SAOUTCHIK - COLLECTION BAILLON - SOLD 1,7 ME-1,9 M$ - ∏ ARTCURIAL
Talbot Lago T26 – Grand Sport SWB par Saoutchik -Collection Baillon

Le digital et Artcurial Motorcars

Franck Demaury : La vente aux enchères et le digital peuvent-ils et doivent-ils cohabiter selon vous ?

Matthieu Lamoure : Le digital en est encore à ses balbutiements. Pour toute entreprise actuelle, envisager l’avenir sans se soucier du digital est une erreur colossale qui pourrait mener à la perte dans un futur proche. Une Maison de vente, société de services, ne peut que se réjouir des opportunités et des outils qu’apportent le digital. Cela dit, la vente aux enchères est aussi un spectacle et les voitures de collection restent un objet de passion dans lequel le contact avec l’objet tient une place importante. Que la vente aux enchères physique disparaisse au profit de ventes sur internet avec la perte de la relation humaine, je ne pense pas. Mais le digital est un outil de communication et de marketing dont nous nous servons au quotidien pour toucher les clients du monde entier. Et cela fonctionne très bien puisque 75% de nos acheteurs sont étrangers.

Artcurial motorcars 1961 FERRARI 250 GT SWB CALIFORNIA SPIDER - COLLECTION BAILLON - SOLD 16,3 ME-18,5 M$ - AUCTION ROOM ∏ ARTCURIAL
1961 FERRARI 250 GT SWB CALIFORNIA SPIDER – COLLECTION BAILLON – SOLD 16,3 ME-18,5 M$ – AUCTION ROOM

Franck Demaury : La communication digitale est-elle nécessaire pour vous ? Pour les marques de manière générale ?

Matthieu Lamoure : Oui, le digital est nécessaire. Il offre une force de frappe époustouflante en terme de communication à toute entreprise de services qui sait s’en servir.

Les réseaux sociaux pour leur part permettent une circulation de l’information à la vitesse de la lumière. Il faut être clair. C’est pour cette raison aussi que les résultats des ventes de voitures ont explosés…on touche de plus en plus d’enchérisseurs venant même de contrées insoupçonnées ! Ces nouveaux clients ne seraient pas là aujourd’hui sans internet.

Votre luxe

Franck Demaury : Quelles voitures possédez-vous ?

Matthieu Lamoure : Je roule tous les jours dans une Jaguar xjr modèle unique carrossé en break et je possède encore ma première voiture, une Peugeot 304S cabriolet. Dès les premiers rayons de soleil, j’apprécie les ballades en famille en Autobianchi Eden Roc.
Evidemment j’ai toujours un fort penchant pour les voitures italiennes !

Artcurial motorcars Matthieu Lamoure - © Artcurial

Franck Demaury : Votre pièce préférée ?

Matthieu Lamoure : La salle de ventes.

Pourquoi ?

Matthieu Lamoure : Car c’est en ce lieu que tout se joue. A l’intérieur sont présents tous les sentiments humains, du meilleur au moins bon et elle est ouverte à tous. Elle reflète aussi le résultat de mon travail et celui de mon équipe. J’y suis soit récompensé, soit sanctionné, mais j’en sors toujours grandi.

Franck Demaury : Votre moment « luxe », ce serait quoi?

Matthieu Lamoure : Un dîner impossible qui réunirait autour d’une table ces personnages qui m’ont construit et continuent de me construire : Lino Ventura, Jean-Paul Belmondo, Jacques Chirac, Hervé Poulain, Johnny Hallyday, Ruggero Raimondi, Luis Mariano, feu mon grand-oncle négociant en Grands Vins de Bordeaux, et mes meilleurs amis !

Franck Demaury : Quelle est votre plus grande fierté ? Personnellement ? Professionnellement ?

Matthieu Lamoure : Dans les deux cas, de construire, d’avancer, de réaliser mes rêves au fur et à mesure de ma vie, de chanter, d’aimer ce que je fais et de savoir saisir le sourire de quelqu’un que je rends heureux !