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Paris – Défilé Jean Paul Gaultier – Printemps /Eté 2013

Le voyage commence lorsque la lumière se tait. A des milliers de kilomètres de Paris, le Rajasthan m’ouvre ses portes et ses mystères. Sur les rives du Kailana Lake, une jeune femme s’avance. Derrière son voile vaporeux en mousseline d’un mauve éclatant, l’étrange demoiselle vêtue d’une robe sirène à étages de mousseline couleur safran, suit les bords du lac. Elle me dévisage longuement. Je me sens nu face à son regard profond. La mystérieuse s’habille tel un serpent, une gitane dissimulée dans les entrailles d’une Inde méconnue.

Un violon entame un morceau entrainant. Le rythme est saccadé, il me bouleverse. L’inconnue a disparu et son élégance me reste en mémoire. Qui est-elle ?

Mes pas me guident alors vers Mahamandir Temple. Des danses typiques s’enchaînent sous mes yeux. Je me sens roi. Le son se fait plus long, le rythme ralentit. Une à une, les filles se dévoilent en sortant du temple. En harmonie avec le soleil couchant, la première apparaît dans un jersey bariolé de jaune et de cardamone. A ses poignés, de larges bracelets en accord avec sa robe prolongent les notes de musique en se frottant les uns aux autres. La seconde, dans un drapé asymétrique bicolore ivoire et pavot, me bouleverse et m’interpelle. Je connais ces lignes sculpturales qui redéfinissent la femme et lui offrent un accent mystérieux et ambigu.

Réincarné en Kama, Dieu de l’érotisme et du désir amoureux, Jean Paul Gaultier apparaît. Dans une frénésie incroyable, d’autres demoiselles s’approchent de moi. Passant langoureusement près de mon corps, elles me séduisent et m’enivrent. Sur les corps, despatchworks de mousseline et de broderies iris ivoire bâtissent les vestiaires de femmes plus belles les unes que les autres. Empruntant les motifs et les tonalités des fruits rouges, de la mer et des épices d’Inde, les tissus et les cuirs composent les sarouels et autres créations amples.

Puis, succédant à une créature vêtue d’un drapé délicat en jersey de soie violet laissant apparaître sa peau brunie par le soleil indien, une mariée s’offre à mon regard. Impressionnante cascade de broderies argentées et de nombreux tissus blancs, la robe m’enchante, la demoiselle m’emporte… D’un geste délicat, la reine soulève sa crinoline pour donner vie à quatre enfants. Le métissage, l’accouchement et l’adoption, est-ce un message Monsieur Gaultier ? L’incroyable création ponctue le voyage indien. Paris, Capitale de laHaute Couture m’emmène dans un ailleurs sublime signé par le savoir-faire français.