Première femme à travailler avec Jean-Paul Guerlain, Mathilde Laurent crée les mythiques Aqua Allegoria Pampelune, Herba Fresca et Shalimar Eau Légère. En 2005, après onze années passées dans les sphères de la Haute parfumerie Guerlain, la Maison Cartier invite l’un des « nez » les plus doués de sa génération à transformer les senteurs en parures olfactives. L’artiste de l’odeur, sensible et rebelle à la fois, nous confie ses secrets et son combat pour une parfumerie moins convenue.

Cartier Mathilde Laurent

FD : Pouvez – vous nous expliquer les origines de votre sensibilité pour le parfum ?
La sensibilité olfactive ne s’explique pas vraiment. Elle est innée et ne peut être apportée par l’éducation. A l’adolescence, je m’intéressais plus aux odeurs que tous les autres. Je sentais les gens et disais quel était leur parfum. J’en parlais tout le temps. Mon entourage me renvoya l’image de quelqu’un qui vivait au travers des odeurs. En réalité, j’ai commencé à subir ma sensibilité au parfum dès ce moment et c’est ainsi que je pris conscience de ma mémoire olfactive.

L’un des « nez »
les plus doués de sa génération

FD : Quels sont vos principaux traits de caractère en quelques mots ?
Ce que je crois être un vrai trait de caractère est l’exigence. J’ai un côté « intraitable », un peu « enfant terrible ». Lorsque je veux quelque chose, je ne lâche jamais. Il ne s’agit pas d’un plaisir personnel ou d’un désir égoïste. Non, c’est une exigence dédiée au parfum, à la Maison Cartier, à l’Art de la parfumerie.

Cartier Parfum
Cartier Parfum

FD : Quelles sont vos sources d’inspiration au quotidien ?
Elles sont vastes. La mode, l’art, les gens. Je suis quelqu’un d’investie dans les rapports humains. L’inspiration est une grande nébuleuse qui apporte des idées mais qui se nourrit de tout.

FD : Imaginez-vous une histoire en créant vos parfums ?
Non. Selon moi, le parfum n’est pas là pour raconter une histoire. C’est une œuvre dont la première justification correspond à une recherche esthétique. Le récit imaginé autour du parfum est le fruit du travail inventé par le marketing pour vendre le produit au plus grand nombre.
Cartier Parfum FD : Remarquez-vous une évolution dans l’élaboration des fragrances ?
Malheureusement oui. Aujourd’hui, l’élaboration des fragrances a évolué. Un parfum ne contient presque plus de notes de tête, de cœur et de fond. Le parfum « mass market » a la même senteur du début jusqu’à la fin, ce qui est contre nature. Personnellement, je m’élève contre ce changement parce que la haute et belle parfumerie est obligatoirement évolutive et comporte les trois notes. On retrouve d’ailleurs dans « les heures de parfum », une évolution dans laquelle l’harmonie est magnifique. Cette fragrance évolue simplement sur la peau, avec le temps.

FD : Quelle est votre création personnelle préférée ? Quel est votre parfum favori ?
J’ai une affection particulière pour les « heures de parfum ». Elle est le manifeste olfactif de Cartier. Mon parfum favori, c’est celui qui m’intrigue quand je le sens. Je suis toujours en attente d’une nouvelle surprise.

FD : Le parfum est-il un objet de luxe pour vous ? Qu’est ce que le luxe selon vous ?
Obligatoirement oui, puisque c’est un objet uniquement dédié au plaisir. Le luxe, selon moi, correspond à ce qui est inutile, destiné à la satisfaction personnelle et à l’esthétique. Il peut cependant apporter de l’émerveillement et ouvrir des champs de réflexions et de découvertes.
Cartier Parfum