Roger vivier vitrine

Artiste, génie, sculpteur provocateur, Roger Vivier transforma durant toute sa carrière la chaussure en un objet d’art et de luxe. Entre rencontres et péripéties, son histoire et son art furent cependant connus d’un cercle fermé. Du 2 octobre au 18 novembre, son talent s’expose sous le nom de « VIRGULE, ETC. - DANS LES PAS DE ROGER VIVIER »

Elles sont de belles curiosités, épinglées, enfermées dans des cabinets à peine éclairés. Elles sont les œuvres de Roger Vivier. Le sujet « Elles » représente 170 chaussures, accessoire usuel pourtant élevé au rang d’objet d’art tant le créateur a bouleversé le monde de la mode avec ses créations.

Ils ne se sont jamais rencontrés et pourtant mon guide d’exception semble être un ami de l’homme. Il en parle comme s’ils venaient de se quitter. Dans la pénombre, mon éclaireur m’oriente à travers une scénographie atypique de Jean-Julien Simonot. Du département des antiquités égyptiennes jusqu’aux « Dessins & collages » en passant par une évocation des «Ecoles du Nord », la « Galerie des Postimpressionnistes », la « Nef des Sculptures Italiennes et Espagnoles » et la « Galerie du Pop Art », nous découvrons l’histoire d’un créateur malheureusement méconnu du grand public. Un créateur pourtant toujours soutenu par le cercle fermé des grandes dames d’un monde où l’élégance n’est pas un simple mot dans le dictionnaire.

Accessoire usuel pourtant élevé au rang d’objet d’art

En 1953, Elisabeth II porta une paire de souliers signée Roger Vivier. La Duchesse de Windsor, la Princesse Soraya d’Iran, Marlène Dietrich, Elisabeth Taylor, Jeanne Moreau et l’incontournable Brigitte Bardot seront les amis sincères de la Maison. La marque ne communique guère mais se laisse apprécier par ceux qui connaissent le luxe, le vrai. Les égéries sont de fidèles amies, rien d’autre …

Roger vivier, maître de l’élégance séduit LA Femme grâce son exubérance et son originalité mais de par son savoir-faire. Imaginant la chaussure comme une œuvre, l’homme fait du talon une force. Premier créateur à lancer le talon aiguille en 1954 passant alors de 6 à 8 cm,il poursuit la provocation avec le talon « Virgule », véritable manifeste de la griffe dès 1963. Les broderies, quant à elles, élèvent l’objet en pièce de collection grâce aux savoir-faire séculaires de la maison Lesage.

Roger vivier vitrine bois

Roger vivier vitrine ensemble

 

Derrière les vitres des cabinets, les chaussures continuent de me surprendre. Antoine me transporte dans les relations intimistes établies entre Monsieur Vivier et les grands noms de la mode. 1953, la collaboration entre Christian Dior et le créateur commence. Face au talent de Mr Vivier, C.Dior accepte en 1955 d’accoler son nom à celui d’un autre créateur. Le bottier sera le seul à avoir cet honneur, une première dans l‘histoire de la mode. Partageant la même quête de perfection, les deux hommes collaboreront durant dix années à l’issue desquelles Roger Vivier ouvrira sa maison éponyme au 24, rue François 1er. C’est en 1965 que la collection « Mondrian » d’Yves Saint Laurent permet de mettre en exergue des escarpins noir verni ornés d’une boucle en métal sur l’empeigne. Il s’en vend cinquante paires chaque jour et le succès mondial sera immortalisé par Catherine Deneuve dans « Belle de jour » en 1967, année à laquelle Roger Vivier lance sa première collection de sacs à main. Les collaborations avec les grands noms de la mode perdureront. La Maison reste pourtant à l’écart des marques « mass-market » qui « empruntent » au nom Vivier toute l’intelligence de ses créations.

Au fil des vitrines, mon guide et moi-même remarquons l’intemporalité des chaussures à la fois désinvoltes et novatrices et admirons l’héritage Vivier. Héritage que Bruno Frisoni, en charge de, a repris avec succès depuis son arrivée à la création artistique en 2002 avec comme ambassadrice Inès de la Fressange, symbole de l’élégance parisienne.

Loin d’être une salle des pas perdus, je m’arrête un instant dans la salle des talons. Véritable symbole du génie de Vivier, le talon livre ses courbes et ses formes sous vingt manières différentes. Je me laisse une dernière fois surprendre par les mots de mon guide alors que mes yeux photographient la scénographie qui reprend avec brio le vocabulaire docte du Prado et du Louvre.

La visite s’est achevée.