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Seul dans mon atelier, je me suis emparé d’un précieux cadeau laissé sur mon bureau il y a quelques jours. Ecrin mystérieux, nom intrigant, j’ai ouvert un présent sur lequel Manufacture Royale avait apposé son nom. Une montre était nichée à l’intérieur d’un coffret. De l’or gris, de l’or rose breveté 18 carats et trois glaces saphir composaient l’incroyable boitier déployant. Le gardien du temps que je tenais enfin était l’objet inespéré, celui que j’avais tant rêvé de posséder.

Cette exclusivité appelée Opéra, première expression du savoir-faire d’une jeune manufacture serait la pièce parfaite pour ce passionné de Haute Horlogerie que je suis. J’ai admiré les aiguilles en or rose 18 carats polies à la main, le sceau de la Manufacture Royale et le bracelet en alligator du Mississippi cousu main. J’ai entouré mon poigné de cette montre suprême. J’ai fermé la boucle faite d’or. Mes yeux se sont clos pour me transporter dans le passé, aux origines d’une belle histoire horlogère.

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Ferney fut alors mon point de chute. Dans la cour d’un château situé dans les environs de Genève, Voltaire semblait m’attendre. Une rencontre, une explication, l’homme me relata alors son insolente réussite. Ma montre semblait s’être figée durant cet instant. Le temps venait de se suspendre. J’étais en 1758. Une année récompensait de succès.
En ce temps, le grand auteur un brin insolent se révéla être un homme d’affaires rusé remarqué par les nobles libertins. De ses divers séjours et de sa fameuse rencontre avec l’horloger et astronome Georges Graham, Voltaire prit conscience que l’horlogerie avait un réel potentiel dans une économie en pleine révolution.

L’homme d’une intelligence exceptionnelle profita alors d’une discordance entre les artisans et les instances de la ville de Genève pour attirer les artisans paysans et bâtir son commerce à partir d’un savoir-faire peu connu à cette époque. Sous le titre de Manufacture Royale, une petite entreprise de montres destinées à l’élite naquit.

À l’issue de ces confessions, le fascinant et insoupçonné entrepreneur horloger regarda mon bras et étudia cette création Opéra. « Du grand art ce garde-temps !» me dit-il ! Je lui répondis « Oui, mais elle vient de s’arrêter ». Voltaire enleva ses mains de cette première montre à répétition minutes et tourbillon que je portais. Puis il claqua des doigts. Seul dans mon atelier, je venais de retrouver le présent et la naissance d’un intérêt certain pour cette Manufacture Royale.

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