Née au Vénezuela, élevée aux Etats-Unis, Margareth Henriquez fut la Présidente de Moët Hennessy Argentine. Diplômée d’Harvard, elle est à la tête de la Maison de Champagne Krug, pour poursuivre la vision de Joseph Krug et apporter son esprit visionnaire. A l’occasion Krug World Festival, et après Olivier Krug, Margareth a répondu aux questions de Luxurydesign sur le management, sa vision de la maison, et le nouveau souffle qu’elle a apporté à celle-ci.

Margareth Henriquez Franck demaury Krug 2

FD : Selon vous, quelles sont les qualités pour être une bonne présidente  et avoir du leadership ?

MH : Selon moi, il faut être au service de ses équipes, de ses clients. Il faut être très engagé et proche des gens. Ainsi, on peut comprendre ce qui se passe, saisir les opportunités. Et c’est la proximité qui va créer l’engagement de tout le monde.

Aussi, il faut aller chercher les opportunités, prendre des risques, les assumer tout comme en assumer les responsabilités.

Pour moi, le leader aide à les autres à se construire et à se développer. Il faut savoir définir les missions et engager les autres. Les leaders sont ceux qui transforment dans la construction. Pour réussir à ça, la communication est essentielle. Je suis convaincue qu’un leader qui croit et porte les projets, qui sait entrainer ses collaborateurs, qui sait prendre des risques, sera un vrai leader. Ce ne sera pas quelqu’un d’autoritaire mais une personne que les gens auront envie de suivre.

Parfois les gens pensent qu’un leader a beaucoup de liberté mais ce n’est pas vrai. Il faut trouver l’équilibre entre ses propres libertés liberté et les exigences de l’entreprise. Toutefois, comme on parle de Liberté, celle-ci est essentielle. On ne force pas les gens à faire les choses. Je ne suis pas forcée de faire ce que je fais. Toute ma vie, j’ai fait tout ce que je voulais faire et je ne suis pas là à faire quelque chose que je suis obligée.

Dans la mesure où on peut transformer l’objectif que j’ai à travers les objectifs individuels, c’est extraordinaire car j’accompagne mes collaborateurs dans la performance. Il y a parfois des erreurs mais est-ce mal ? Il faut juste savoir se remettre en question et ne pas chercher un coupable … ça, c’est le leadership auquel je crois.

maison Krug room design

FD : Qu’avez-vous appris de votre expérience passée et que vous avez amené chez Krug ?

MH : Je crois que LVMH m’a choisi pour ma connaissance des vins, mon appréciation et ma proximité avec ce monde. Bien sûr, je connaissais les vins mais pas la production et j’ai très vite appris. J’ai appris à penser différemment ici. J’ai découvert le vrai luxe et nous nous sommes même éloignés de ses codes.

Généralement, toute la stratégie est dictée par les consommateurs. On créé selon les désirs des consommateurs. Ici, chez Krug, on fait l’inverse. On suit les volontés des fondateurs pour créer un produit désirable dont personne n’a vraiment besoin.

Krug Fetsival 2017_Déjeuner

La première année, j’étais perdue. Je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait mais j’ai compris ce principe, la maison. Il a fallu tout reconstruire, définir l’ADN et les codes, faire ressurgir les personnalités de la maison. Aujourd’hui, nous sommes contents car il y a une cohérence, une synergie entre les choses que nous créons.

FD : Qu’est ce que cela apporte d’être une femme à la tête d’une société ?

MH : Je crois qu’on prend plus de temps, qu’on a un autre niveau d’amour, un autre niveau d’engagement … La maison avait besoin de tout cela pour renaître. Je ne suis pas sure qu’un homme aurait fait la même chose. Le travail est une source de satisfaction et non une source succès. Et c’est dans la nature féminine de se dédier entièrement, jour et nuit, à ce qu’elle fait et aime, comme lorsqu’elle a un enfant… Malgré le fait que nous ayons passer une période très compliquée dans laquelle la Maison souffrait, malgré ma première année difficile et malgré mon échec de cette première année, j’ai toujours eu l’envie de m’engager quand bien même j’étais frustrée, de comprendre pourquoi j’avais eu cet échec. Aussi, j’ai toujours eu envie de faire évoluer la maison sans pour autant modifier le produit car on peut pas le transformer. Je crois donc que c’est féminin d’avoir cet engagement. Mes enfants et mes grands-enfants sont déjà grands … je me suis engagée totalement.

Krug expo JEP14- @Archives Maison Krug

C’était pour moi un privilège de relancer la Maison Krug. Pour LVMH et Krug, ils ont surement perçu une chance d’avoir quelqu’un qui prends le temps. Le problème avec les prédécesseurs est qu’ils voulaient des résultats trop vite. Avec LVMH, j’ai eu les ressources et le temps de construire.

Aussi, en secret, j’ai pu avoir plus de temps de vieillissement sans rien dire aux financiers et une année après, nous avons produit plus que les chiffres attendus. En prenant des risques, on a pu réaliser un Champagne de qualité tout en prenant du temps.

Maison Krug_Temps

FD : Que pensez-vous de la place de la femme dans la société ?

MH : On vit une évolution. À mon époque, la femme n’avait pas cette place. Je crois qu’il faut comprendre que les hommes et les femmes sont différents, il faut l’accepter. J’ai 61 ans et 40 ans de travail et je crois que nous (les femmes) devons développer ça. La différence homme/femme offre une richesse et une diversité qu’il faut exploiter pour accompagner les femmes à travailler dans un monde d’hommes.

Chez Moët Hennessy, le premier niveau est fait d’hommes, au second, il y a quelques femmes. Au troisième niveau du management, il y a énormément de femmes … Et nous, nous devons faire grimper les femmes au premier niveau. Nous, les leaders, devons prendre les responsabilités d’aider les leaders de demain à trouver leur place. Dans mon équipe, les parties marketing et commerciale sont gérées par des femmes. Récemment, elles ont présenté les projections pour l’année prochaine et j’ai reçu un mail de ma Direction ce matin pour me féliciter. J’en avais les larmes aux yeux. C’est leur réussite et je suis fière d’avoir des femmes à ces postes et de les accompagner à ce résultat.

Krug Grande Cuvee - ambiance

FD : c’est donc ça un vrai leader, quelqu’un qui accompagne ses collaborateurs ?

MH : Oui, c’est ma propre définition. Je crois que les leaders font les leaders et non des followers.

Quand je pense à l’avenir, c’est ce que j’ai envie de faire

FD : Pourriez-vous définir le luxe ?

MH : Le luxe ? Pour moi le luxe c’est la lumière qui allume le terrain pour les autres. Une maison de luxe ne doit jamais perdre la lumière.

La France avait la lumière mais elle l’a un peu perdu. Là, elle la récupère. Pour ne pas la perdre, il faut savoir innover, repenser, se transformer et faire évoluer l’industrie.