Eric Frechon

Nous sommes dans un lieu ressemblant à un atelier d’artiste, à l’abri d’un péristyle impressionnant. Ici, les multiples étagères regorgent de statues de plâtre, les volumes et les matières s’expriment librement. A l’image de la décoration de la salle du “Mini Palais”, la cuisine du Chef Eric Frechon est conviviale et généreuse. En toute intimité, le meilleur ouvrier de France, triplement étoilé partage un instant avec luxurydesign.

FD : Pouvez –vous nous expliquer les origines de votre sensibilité pour la gastronomie ?
Vous aurez sans doute du mal à me croire, mais tout est parti d’une histoire de vélo… J’avais 13 ans et j’avais très envie d’un vélo. Mon père m’a expliqué que je devais travailler pour me l’acheter. C’est ainsi que je suis arrivé en tant que saisonnier dans un restaurant sur le bord de mer au Tréport, en Seine-Maritime. J’ai alors découvert le milieu de la restauration qui m’a immédiatement fasciné et, à partir de ce jour, j’ai su que je voulais en faire mon métier.

Precieux nyangbo

FD : Comment définiriez-vous votre personnalité en quelques mots ?
Je suis quelqu’un de généreux, de vrai et de passionné. Dès que j’en ai la possibilité, je forme des apprentis et des cuisiniers venus du monde entier qui seront les grands de demain. Ayant moi-même été formé auprès de chefs renommés qui m’ont beaucoup appris, j’accorde aujourd’hui une grande importance à la transmission.

FD : Comment expliqueriez-vous votre style ?
Je suis très attaché à la cuisine française. J’essaie de magnifier cette cuisine de terroir, qui représente nos vraies racines, en préservant son côté authentique mais en la rendant tout de même créative, aérienne et épurée.

Casier de homard

FD : En recevant votre  troisième étoile au Guide Michelin, qu’avez–vous ressenti ?
Cette troisième étoile était l’aboutissement d’un rêve et surtout la reconnaissance des efforts fournis. C’est une belle consécration pour toute mon équipe qui travaille avec moi depuis de nombreuses années et avec qui nous partageons tellement de choses… Ce fut un véritable bonheur quand je l’ai appris, j’étais très ému, je n’y croyais pas !

FD : Que pouvez-vous nous dire de la cuisine des années à venir ?
A l’heure où notre société est en perte de repères, on cherche à se rassurer en se retrouvant autour de plats authentiques et vrais. La cuisine du « futur » est un retour aux sources et à l’essentiel pour déguster des produits de qualité en toute simplicité. Car le meilleur est toujours le plus simple.

Cochon de la tete aux pieds

FD : Considérez-vous que la cuisine soit un art ?
Je ne me suis jamais considéré comme un artiste, plutôt comme un artisan. L’élaboration de plats, le mariage de saveurs, le dressage des assiettes relèvent d’un travail minutieux de création qui peut être assimilé à de l’art. Tel un artisan dans son atelier, j’évolue dans ma cuisine au grès de mon inspiration pour trouver le juste équilibre des goûts, révéler subtilement le produit et sublimer le plat grâce à un dressage raffiné. Je travaille chaque assiette avec une telle minutie que je pousse toujours la réflexion à son maximum.

FD : Quel est votre plus beau souvenir depuis le début de votre carrière ?
Mon titre de Meilleur Ouvrier de France en mars 1993. La consécration d’un travail acharné pour y arriver et surtout une consécration personnelle.