Résidences discrètes ou retraites ultra design, les villas design et autres villas Godzilla sont à la mode. Pourquoi et pour qui sont-elles bâties ?

Les villas Godzilla sont avant tout d’imposantes villas, estimées à plusieurs dizaines (voire centaines) de millions de dollars, à la fois design et livrées clés en main, avec une tendance à la démesure. La plus improbable et la plus célèbre est la villa Bel Air, située à Los Angeles et vendue à plus de 250 millions de dollars.

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Fruit du promoteur à succès, Bruce Makowsky, cette villa se démarque à la fois par son prix car elle est la plus chère villa des Etats-Unis mais aussi par sa démesure… 12 chambres, 21 salles de bains, 5 bars, 3 cuisines, un bowling avec 4 lignes, un cinéma privé comprenant 40 sièges et une impressionnante piscine avec écran cinéma, voilà la proposition qu’offre le promoteur immobilier avec cette villa incroyable. Mais si cette demeure coûte aussi chère, cela ne s’explique pas par sa situation géographique ou son architecture mais surtout par son contenu.

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Dans cette villa Bel Air, 100 oeuvres d’Art incluant des installations interactives de l’artiste britannique Dominic Harris, un appareil photo Leica géant du designer Liao Yibai, une oeuvre estimée à 1 million de dollars, l’hélicoptère star de la série des années 80 Supercopter/ Airwolf ou encore 12 bolides rarissimes évalués à 30 millions de dollars comme une Rolls-Roce Dawn, une Bugatti Veyron ou encore une Pagani Huayra, seront livrés en même temps que cette villa surdimensionnées.

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Cette villa est-elle une exception ? Cette question peut légitiment être posée. Alors oui, une telle proposition sur le marché est particulièrement exceptionnelle. Ce n’est pas l’architecture, en soit basique de cette résidence, qui fait grimper le prix mais bien la décoration et l’ensemble des prestations contenues. Cependant, cette villa connait des précédents avec, non pas une villa mais bel et bien un penthouse vendu 92 millions d’euros, ce qui en fait le plus cher penthouse de New York. Situé dans l’ultra moderne building One57, ce bien immobilier offre à la fois les services de l’hôtellerie de luxe et toute la discrétion que peuvent rechercher les clients achetant ce type de résidence. Mais que désirent les propriétaires en achetant ce type de résidence ? Qui sont-ils ?

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Les villas Godzilla, les villas design – Pour qui ? Pour quoi ?

Souvent isolées, construites en bord de mer ou au milieu de paysages paradisiaques, ces villas sont le fruit d’un travail interprétant les envies de clients privés souhaitant construire des refuges design, high tech et éco-responsables.

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Saota – OVD 919

Généralement construites en Afrique du Sud, dans les Emirats Arabes Unis, en Asie, et parfois dans certains états des Etats-Unis (Californie / Floride), les villas d’aujourd’hui sont bien loin d’être des villas Godzilla surdimensionées à l’image de la Villa Bel Air, qui est un pur produit commercial de assouvir selon Bruce Makowsky destiné à assouvir « les besoins du milliardaire désirant avoir le meilleur de tout ce qu’offre le monde » et à être le symbole du paraître social et de l’ostentation. Elles, les villas design, mesurent entre 1000 et 3000 m2, valent entre 5 et 30 millions de dollars et font souvent le lien entre l’intérieur et l’extérieur.

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Saota villa OVD 919

Souvent nichées, cachées à l’abri des regards, les villas modernes usent des formes rectangulaires, associent des cubes et des open-spaces à des courbes géométriques contemporaines et mettent en exergue des matériaux bruts et naturels permettant de créer entre l’environnement proche et les propriétaires.

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Saota – Villa OVD 919

Le béton, le bois, le marbre, le métal sous toutes ses formes et le verre sont alors généralement utilisés dans la construction de ces résidences dans lesquelles les matières luxueuses, les pièces d’art et de collection viennent apporter une âme identitaire.

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Saota – Villa Beachyhead

Le marché, en plein explosion, est largement dominé par les talentueux studios design ARRCC et Saota, mais aussi par des architectes et designers comme Putman, Garcia, Architecture Studio, Wilmotte & Associés, les Ateliers Jean Nouvel, Kelly Wearstler, Jabu Pushelberg, Inde Mahdavi, Peter Marino ou encore Kelly Hoppen permettent de créer des résidences et des intérieurs modernes dans lesquels les propriétaires souhaitent, en général, s’isoler tout en profitant d’une architecture personnalisée et évolutive.

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La différence entre les villas Godzilla et les villas contemporaines beaucoup plus accessibles comme celles d’ARRCC se situe dans le fait que les premières sont destinées à satisfaire l’égo du propriétaire et lui permettre de montrer son pouvoir tandis que les secondes villas servent à s’isoler dans un milieu à l’image du propriétaire, lui garantissant des services 5 étoiles et des équipements High Tech.

À la différence des villas et autres résidences des célébrités, évaluées elle aussi à plusieurs millions de dollars et souvent gigantesques, ces villas sont souvent destinées à des hommes et des femmes issus des affaires, à des designers, des artistes, ne souhaitant pas exposer leur réussite aux yeux du monde à l’inverse des demeures opulentes et des villas Godzilla comme la villa Bel Air.

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Quel est le futur des villas ?

Loin d’être un phénomène nouveau, le villa design et les villas Godzilla ont depuis longtemps existé. L’italien Andrea Palladio (1508-1580) a notamment dessiné une vingtaine de villas dans l’arrière pays vénitien.

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Villa Rotonda

La villa Rotonda est l’une des plus célèbre d’entre elles et fait figure de référence dans le paysage architectural et élève l’architecte au rang de star à son époque. Il est jugé comme être le seul architecte digne de donner son nom à un style architectural. Au fil des époques, les demeures imposantes ont été bâties sans pour autant adopter le terme de « villa ». On parlait davantage de « résidence » ou de « propriété » que de « villa ». Frank Lloyd Wright est devenu l’un des concepteurs de maisons Usoniennes. Cet adjectif, usonian, remplace « américain » pour décrire le caractère de Nouveau Monde du paysage américain comme distinct et libre des conventions architecturales antérieures.

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Fallingwater House

Autrefois cachées et protégées, les villas ne faisaient pas l’objet d’une communication accrues comme peuvent faire l’objet les villas design d’aujourd’hui. Frank Lloyd Wright et son incontournable Fallingwater house construite en 1935 reçoivent les honneurs des amateurs de design et des connaisseurs de villas spectaculaires. L’architecte est décrit de la manière suivante par Kathryn Smith, dans Complexité et Contradiction : l’œuvre de Frank Lloyd Wright : « En faisant de la nature le thème sous-jacent de toute sa création, il se distinguait des chefs de file de l’architecture moderne qui s’efforçaient d’élaborer une architecture représentative de l’ère de l’industrie et de la machine« . Jugée comme l’un des exemples les plus représentatifs de l’architecture organique où l’homme et la nature sont étroitement liés, la Fallingwater House marquera le retour de l’architecte qui aura connu une vie aux multiples rebondissements et sera le début de sa série de maisons dites usoniennes avec notamment la Malcolm Willey house. Celle-ci seront caractérisées comme de petites maisons économiques ayant pour la plupart par un motif en L, une dalle de béton sans fondation, intégrant un système de chauffage radiant (une innovation de Wright), par des toits plats sans grenier et par de nouveaux procédés de construction des murs. Les maisons usoniennes sont destinées à la classe moyenne et sont conçues pour être « pratiques ». Lloyd reviendra à des projets moins « design », moins usuels mais davantage esthétiques en construisant par exemple le Guggenheim Museum à New York.

Malcolm Willey house
Malcolm Willey house

L’ouverture de blog, des médias spécialisés ont attisé la curiosité des lecteurs et des amateurs de style et de design. Ceux-ci, et ce depuis environ une quinzaine d’années, dévoile les projets les plus fous, les plus design, les plus spectaculaires … Le seul hic est les propriétaires. En effet, alors que les promoteurs souhaitent souvent communiquer sur leurs créations, les propriétaires ne souhaitent généralement pas dévoiler leur bien. Ceux-ci préfèrent vivre heureux et cachés et n’ont pas l’ambition de montrer au monde leur « pouvoir » et leur amour des belles choses, exception faite pour la Villa Godzilla Bel Air, fruit d’un promoteur immobilier désirant montrer les limites de ce qu’il est possible de faire aujourd’hui dans l’extravagance !

Le futur des villas Godzilla

Si la villa Bel Air est la plus chère villa des Etats-Unis, ce bien sera bientôt dépassé par la Gigavilla, une « oeuvre » de tous les superlatifs prévue à Los Angeles et dessinée par Paul McLean.

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Avec sa chambre à coucher de 465 mètres carrés, un casino, un bowling, une salle de jeux, cette villa au design moderne sera vendue 500 millions de dollars. Classique dans son style, ce projet correspond aux codes esthétiques déjà connus et sera en opposition avec la villa Y imaginée par le studio néerlandais MVRDV. Destinée à être une maison de vacances, cette dernière adopte la forme d’un Y et possède une façade ponctuée de baies vitrées rondes et une toiture servant de piscine spectaculaire.

villa Y

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Une question se pose aujourd’hui. Ses villas marqueront-elles l’histoire de l’architecture dans le futur ?