À mi-chemin entre la caricature, l’esthétique pop et l’illustration, Yue Minjun est un plasticien chinois, un des géants de ce nouvel eldorado d’artistes contemporains à la côte intouchable.

Yue Minjun

Né en 1962 à Daqing, dans la province du Hei Long Jiang en Chine, Yue Minjun peint d’abord en amateur, avant de partir étudier l’art en 1985 à l’école normale de la province du Hebei. C’est dans la communauté d’artistes du village du Yuanmingyuan, près de Pékin, au début des années 1990, qu’il commence à définir son style et trouve le sujet qui deviendra omniprésent dans ses toiles : le rire. En 2007, sa toile ‘Execution’ devient l’œuvre la plus chère de l’histoire de l’art contemporain chinois, elle a été vendue pour près de six millions de dollars.

Les visages portent un regard ironique et désabusé sur la condition humaine dans le monde moderne

Yue Minjun, ce qui caractérise un bon artiste, ce n’est pas de savoir si l’œuvre qu’il a réalisée est bonne ou mauvaise mais si l’artiste est parvenu à travers elle à une élévation de la pensée. Considéré comme l’un des principaux représentants du « réalisme cynique », un courant artistique qui se caractérise par un désenchantement face aux mutations socio-politiques de la Chine Yue Minjun pratique avant tout le grotesque et ce, dès ses premières toiles où il peint ses amis, aussi radieux que bravaches avant de se tourner vers l’auto-portrait. Les visages ainsi peints ou sculptés qui parcourent son œuvre, la bouche béante et les yeux fermés dans un éclat de rire, portent un regard ironique et désabusé sur la condition humaine dans le monde moderne.

Ils peuvent être vus comme une caricature de l’uniformisation de la société chinoise, un moyen de survivre dans un monde devenu absurde ou une simple forme d’autodérision. Mais ses portraits se révèlent aussi être une source inépuisable de possibilités graphiques, les mêmes personnages aux traits immuables et stylisés occupant seuls la toile ou se démultipliant à l’infini.

Il met en scène l’anxiété contemporaine et exprime la violence de notre société

Teinté d’humour, son travail puise également abondamment dans les chefs-d’œuvre de la peinture européenne : Eugène Delacroix, Edouard Manet, Jacques-Louis ou encore Francis Bacon, Velazquez et Goya sont ses références.

Il met en scène l’anxiété contemporaine et exprime la violence de notre société. L’esthétique singulière et complexe de son œuvre hantée de personnages au rire énigmatique se dérobe cependant à toute interprétation.

Son interview ici :