PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Frantz Yvelin (La Compagnie), Philippe Leboeuf (Mandarin oriental Paris) et Oliver Krug (Krug), Cédric Galonské (DM Media), c’est au tour de Monsieur René-Jacques Mayer, Président du Festival du Design D’Days, de se confier à Luxury Design.

Franck Demaury : Mr René-Jacques Mayer, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
René-Jacques Mayer : 
Bonjour, je préside actuellement le Festival D’Days à titre bénévole depuis maintenant 4 ans et ai comme activité principale de diriger l’Ecole Camondo, école d’architecture intérieure et de design.

rene jacques mayer ddays

Personnalité d’un Président

Franck Demaury : Quel est votre parcours ?
René-Jacques Mayer : 
Après des études généralistes (sciences po), j’ai étudié l’histoire de l’art pour devenir conservateur. Les hasards de la vie m’ont emmené au ministère de la culture et de la communication, notamment dans le secteur du spectacle vivant, puis vers une expérience exceptionnelle à la Manufacture Nationale de Sèvres, dont j’ai été secrétaire général puis directeur à partir de 2010. Un beau défi pour inscrire une maison traditionnelle de savoir faire dans la modernité, en collaborant avec nombre d’artistes et designers d’aujourd’hui.

Franck Demaury : Quelle a été la plus grande difficulté dans votre parcours ? Les plus grandes satisfactions ?
René-Jacques Mayer : 
La plus grande difficulté : Elle demeure : faire comprendre que le design n’est pas une chaise qu’on a pas le moyen de se payer, mais qu’il touche notre quotidien, nos usages, façonne et accompagne nos vies.

La plus grande satisfaction : avoir été un passeur entre des créateurs et des artisans.

Franck Demaury : Si nous demandions à un proche vos qualités et vos défauts, que pourrait-il nous dire ?
René-Jacques Mayer : 
Je pense avoir le défaut de ma qualité : la légèreté. Souvent elle rend tout possible, parfois, elle me rend peu concret…

Franck Demaury : Quelles sont les qualités nécessaires pour occuper vos fonctions ?
René-Jacques Mayer : 
De l’empathie. Etre à l’écoute des autres, comprendre leur mode de pensée et contextualiser ce qu’est l’autre qualité  essentielle pour que les projets de création, ou, aujourd’hui de pédagogie, aboutissent.

Franck Demaury : D’où vous viennent cette « culture de l’objet », cet engagement pour l’Art et les Designs ?
René-Jacques Mayer : 
Je voulais devenir conservateur, certainement en création contemporaine et plus particulièrement en design. La matérialité des choses, la place qu’elles occupent dans notre espace de vie me passionne depuis toujours. Un objet n’est pas que décoratif ou meublant, il est toujours signifiant, comme le prônent les italiens et la valeur qu’ils apportent au sens de l’objet.

ddays 2016

Franck Demaury : Vous êtes Directeur de l’école Camondo, en plus de vos fonctions à l’association D’Days. Pouvez-vous expliquer l’objectif de cette école, vos fonctions, et quelle sera votre contribution ?
René-Jacques Mayer : 
L’école Camondo forme des concepteurs de l’espace, C’est à dire ceux qui vont dessiner, imaginer les espaces de nos vies de demain. Elle fonde son enseignement de manière unique sur l’architecture intérieure, le design rapporté à l’espace (objet, mobilier, ambiances – son, couleur, lumière,…)

C’est une très belle responsabilité que d’accompagner leur parcours d’étudiant pour qu’ils soient agiles dans un monde professionnel de demain qui le sera encore plus que pour notre génération. Nous devons leur donner des clefs pour questionner les sujets, prendre position, développer leur créativité tout en gardant une logique opérationnelle.

Je souhaite développer  leur autonomie en leur permettant de personnaliser leur parcours et en offrant des outils d’amplification créative : le dessin comme mode de représentation et de création d’un langage, la sociologie et l’anthropologie, pour les ouvrir sur le monde d’aujourd’hui et de demain, et leur permettre de développer leur écriture plastique, personnelle.

Le monde s’est brutalement élargi, et c’est une chance. Il faut développer leur esprit d’ouverture, de créativité singulière et leur…empathie, pour mieux comprendre d’autres codes, d’autres cultures.

Villa Kujoyama au Musee de la Chasse_ José Lévy, Le Veilleur (c) José Lévy. Cliché Arnaud Rodriguez 1
Villa Kujoyama au Musee de la Chasse – José Lévy

Franck Demaury : Entre DDAY’s et l’école Camondo, quelle est votre journée type ?
René-Jacques Mayer : 
Comme celle de beaucoup… dense. Je suis totalement dédié à Camondo le jour, D’Days est pour le reste de mon temps. Mais la nouvelle équipe, avec Scott Longfellow à sa tête, réalise aujourd’hui l’essentiel du travail assez colossal qu’est D’Days. Mais mon esprit est disponible à tout moment pour les deux, car ils se nourrissent mutuellement.

Luxe, design et artisanat

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir le luxe ? L’excellence ? La qualité ?
René-Jacques Mayer : 
Je trouve aujourd’hui que le terme de luxe n’a plus grand sens, il est très galvaudé, essoré par des marques qui usent et abusent de son sens.

Le luxe est une définition très intime, propre à chacun : un moment de calme, une saveur qu’on prend le temps de goûter, un temps pour soi.

Pour moi, le vrai luxe c’est avant tout la liberté de ses choix, et le temps dont on dispose pour les apprécier, en pleine conscience.

Le Lab by Legrand_Métamorphose_1

L’excellence se définit plus pour moi comme une forme d’originalité, d’audace qui permet de distinguer plus que par une somme de codes qui distinguerait une forme d’aristocratie de l’artisan par exemple.

La qualité n’est pas pour moi celle que l’on contrôle, au travers d’une démarche ou d’un processus, mais bien le juste équilibre entre une qualité technique (d’exécution, de conception) et la valeur perçue, celle qui décèle une âme, un ressenti, une expérience.

Sèvres par exemple dispose certainement des meilleurs artisans du monde en céramique, ils sont capables de déployer un niveau d’exécution rare. Pour autant, une pièce de Sèvres aura toute sa valeur si elle porte en elle l’esprit de ses ateliers : des défauts, une liberté dans la réalisation, un enlevé dans la manière de peindre,…

Lotus Dome Daan Roosegaarde
Lotus Dome – Daan Roosegaarde

Franck Demaury : Qu’est ce que le design ?
René-Jacques Mayer : 
Le design est une discipline, un métier, et non un style. Le designer répond à une question alors que l’art souvent en pose. C’est donc une discipline ancrée dans la réalité, dans le quotidien, que le designer tente d’enchanter en concevant des produits, des services, des usages qui prennent en compte l’utilisateur, l’usager final. Toujours la fameuse empathie…

Franck Demaury : Combien d’emplois sont générés grâce au design ?
René-Jacques Mayer : 
Les études des différents ministères donnent des chiffres contradictoires. Le design étant aujourd’hui très présent dans les directions de recherche et développement, dans les unités stratégiques des entreprises, il faudra quelques années pour mesurer l’impact réel de cette profession au plan macro économique. C’est en tout cas à l’échelle de centaines de milliers.

Franck Demaury : Quelle est la place de l’artisanat dans le design ?
René-Jacques Mayer : 
Ils ne sont plus concurrents, car aujourd’hui ils s’associent et se nourrissent mutuellement. Les débats entre les tenants de « l’artisan créateur » contre le designer, qui instrumentaliserait leurs savoir faire sont aujourd’hui heureusement dépassés. À D’Days , nous avons créé une histoire intéressante entre eux, inversant l’ordre établi des choses : grâce au programme Péri Fabrique, nous créons des duos entre artisans et designers, où l’artisan choisit un designer et ils co-créent un objet, ensemble, dans un juste équilibre de conception, et parfois, de réalisation.

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BOFFI Bains

Franck Demaury : Le luxe et le design peuvent-ils s’associer ?
René-Jacques Mayer : Oui tant que le design n’est pas pris comme un outil de communication, où une marque accroche à son image quelques noms de designers connus. Dans le luxe comme ailleurs, la collaboration est légitime, si le design est au cœur de la stratégie de développement d’une marque.

Franck Demaury : Pour quelles raisons, la promotion du design est-elle arrivée si tardivement en France ? à contrario, en Finlande ou dans les pays nordiques, le design est une façon de vivre que l’on retrouve à travers la signalétique, le mobilier, les services …
René-Jacques Mayer : Nous sommes un pays d’ingénieurs, pas de designers dit-on fréquemment. Le modèle économique français, contrairement aux Italiens après la seconde guerre mondiale, a privilégié les très grandes entreprises, où la place du designer n’était pas naturelle, comme pour les designers en Italie, alors que celle des ingénieurs l’était bien plus.

Par ailleurs, contrairement aux pays de l’Europe du nord ou aux pays anglo-saxons, nous ne déclinons pas le design. Il reste en France un mot seul, alors que partout ailleurs on parle de graphic design, de product design, de fashion design, space design,… autant de formes différentes de l’application du design qui innervent potentiellement nos vies.

Mais la France rattrape son retard à grand pas, notamment grâce à son système d’enseignement qui a su valoriser cette discipline à ses justes valeurs

D’Days et vous

Franck Demaury : Les D’Days ont beaucoup évolué avec une visibilité plus importante. Que pensez-vous avoir apporté au D’Days depuis votre arrivée ?
René-Jacques Mayer : Difficile, tout en étant dedans. Peut être d’en avoir fait véritablement un Festival, où se montre la création sous toutes ses formes mais aussi où se créent les débats, la prospective, notamment au travers de notre Forum Think Life, sur les usages de demain.

Avec l’équipe du Festival, nous avons à cœur de décloisonner l’approche économique et culturelle du design, en ouvrant les musées pendant le Festival aux éditeurs, par exemple.

Mais surtout, nous déployons nos efforts en direction d’un plus large public et notamment des écoles (24 cette année dans la programmation – Edition 2016), car ce sont les professionnels de demain.

Forum Think Life 2016

Franck Demaury : Pour les années à venir, quelle est votre vision pour le futur et le design ?
René-Jacques Mayer : 
Nous sommes tous tentés de dire que le XXIème siècle sera celui du design…

J’y crois personnellement beaucoup car par sa méthode d’appréhension des sujets, en prenant en compte l’environnement, l’usage, le bien (et moins) faire, il développe des expériences intéressantes en terme de projets partagés, participatifs.

Franck Demaury : Comment l’association D’Days s’est-elle adaptée au Digital ?
René-Jacques Mayer : 
En se dématérialisant, notamment cette année avec une application mobile connectée avec notre site pour créer son parcours, s’inscrire à des visites gratuites qui partent de nos 4 pôles dans Paris

Franck Demaury : D’Days dans d’autres pays, c’est un objectif dans le long terme ?
René-Jacques Mayer : 
Nous en rêvons, car nous sommes particuliers dans le paysage un peu formaté des design week. Nous ne sommes pas adossés à un Salon, c’est une originalité qui peut parfois paraître être un frein, mais nous cultivons de ce fait une certaine liberté, assez française…

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Dune – Daan _Roosegaarde

Votre luxe

Franck Demaury : Votre moment « luxe », ce serait quoi ?
René-Jacques Mayer : 
Une sieste sous les pins

Franck Demaury : Votre designer préféré ?
René-Jacques Mayer : 
Celui qui inventera les plus beaux lieux d’échanges, physiques ou immatériels

Franck Demaury : Votre endroit préféré pour partir en vacances ?
René-Jacques Mayer : 
Chez moi, en Corse, dans un coin préservé, près de calanches di Piana.

Franck Demaury : Qu’est ce qui est le plus important pour vous au quotidien ?
René-Jacques Mayer : 
La bienveillance, celle qui permet de faire tout dans le plaisir.

Personnellement ? Professionnellement ?
René-Jacques Mayer : 
Même réponse…