PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Fabrice Gautron (Tiffany & Co.), Jérôme Tourbier (Les Sources de Caudalie) ou encore Nicolas Bos (CEO de Van Cleef & Arpels), c’est au tour de Madame Christine Phung, Directrice de la Création de la Maison Leonard Paris, de se confier à Luxurydesign.

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Définition d’une Directrice Artistique et Directrice de la Création chez Leonard Paris ?

Christine Phung, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Je suis créatrice de mode. J’ai monté ma marque il y cinq ans après avoir travaillé pendant plusieurs années dans des grandes maisons comme Chloé, Baby Dior, Christophe Lemaire, Lacoste, Vanessa Bruno, etc

En quoi consiste votre métier ?

Je conçois des collections de vêtements : je les dessine et les mets au point avec des modélistes. Je travaille également sur les tissus, les gammes de couleurs, les motifs. Mon travail est généralement plus global et peut s’étendre également à un travail sur les accessoires et la communication visuelle autour des collections.

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Christine Phung – Leonard Paris S/S 17

La mode, de Leonard Paris et Christine Phung

Pourquoi et comment êtes-vous arrivée dans la Mode ? Chez Leonard Paris ?

J’ai toujours été passionnée de design de mode. Je suis arrivée chez Leonard il y a 6 mois environ.

Qu’est ce qui fait la réputation de Leonard Paris ?

La maison Leonard est très connue pour ses imprimés à fleurs d’orchidées sur jersey de soie.

Qui sont vos clients ? Quelles sont leurs attentes ?

Nos clientes peuvent être des femmes qui vont à des cocktails ou qui sont en villégiatures, elles sont aisées, elles recherchent des beaux vêtements légers, fluides, colorés et confortables.

Qu’est ce qui fait la particularité de la Maison Leonard Paris?

La particularité de la maison Leonard est liée à l’invention dans les années 60  de la technique du fully-fashion, qui donne une impression sur maille au raccord parfait lorsque le vêtement est porté ! L’impression au cadre sur soie est aussi d’une très grande qualité ici ! La maison possède 5000 dessins d’imprimés en archives.

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Christine Phung – Leonard Paris S/S 17

Pourquoi avoir pris la position de Directrice de Création de cette maison alors que vous aviez déjà votre propre maison Christine Phung ?

Il y a une force de frappe plus grande à pouvoir créer dans une structure comme celle de Leonard et l’héritage de cettemaison me fascine car il est comme un trésor à explorer, cela donne un terrain de jeu et d’exploration riche, avec un vrai challenge pour accompagner le développement de cettemarque dans notre monde actuel. 

Quel Directrice de la Création êtes-vous ?

J’aime manager les équipes créatives de manière collaborative et participative. J’ai besoin de dialogues créatifs, d’échanger sur les visions stratégiques. Je suis perfectionniste, j’aime avoir une vision globale,…et j’ai parfois besoin de pouvoir me concentrer dans une bulle. 

Quelles qualités attendez-vous de vos collaborateurs ?

De la réactivité, de la créativité, de la force de proposition, de la bienveillance, du soutien, de la méthode et de la rigueurtechnique. 

Qu’avez-vous appris sur vous-même depuis vos débuts ?

Que la persévérance est la clé. La diplomatie et la communication aussi. Les formes sont autant importantes que le fond. Qu’ils faut arriver à écouter ses intuitions. Que les prises de risques créatives et courageuses sont parfois récompensées et font plus apprendre que le reste. Qu’il faut retirer le mot « peur » de ses pensées.

Être une femme à un tel poste, comment le vivez-vous ? Est ce bien perçu par vos collaborateurs ?

Chez Leonard, nous sommes essentiellement des femmes, donc c’est parfaitement bien perçu. Cela me semble aussi être une évidence, car nous fabriquons des vêtements pour des femmes !

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Christine Phung – Leonard Paris S/S 17

Quel est le futur des deux marques ?

Pour les deux marques, l’essentiel sera de s’adapter à ce nouveau monde qui arrive, lié à la mutation de notre système économique, arriver à prendre le tournant du digital, s’adapter aux millenials qui seront nos nouveaux clients, s’inscrire dans le présent et le futur en harmonie avec nos racinestravailler ses éléments de différenciation, rester visionnaire et connecté.

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Christine Phung – Leonard Paris S/S 17

Qu’est ce que la mode ? 

C’est le désir de s’habiller pour qu’on désire nous déshabiller ! C’est une alchimie impalpable, une chose assez magique qui nous inscrit dans notre temps, une sorte de symbiose collective qui nous relie et nous rend unique dans le même mouvement.

C’est le désir de s’habiller pour qu’on désire nous déshabiller !

Avez-vous vu une évolution de l’industrie de la mode depuis vos débuts ?

J’ai commencé à étudier la mode en 1997 et l’industrie de la mode a été complètement bouleversée en une vingtaine d’années, plus rien n’est aujourd’hui possible de la même manière qu’il y a 20 ans, à cause du rythme effréné des collectionsde l’émergence des mastodontes de la fast-fashion qui ont bousculé toutes les règles, de l’écosystème des multi-marques qui se sont rarérifiés, du digital qui a tout court-circuité : nous vivons une véritable mutation du secteur, tout est à repenser, c’est une révolution en marche !

Selon vous, c’était mieux d’être créateur avant ou en 2016 ?

C’était assurément plus simple de lancer sa propre marque il y a une vingtaine d’année, au moment où des Martin Margiela se sont lancés… Il y avait des réseaux de boutiques multimarques plus stables, des rythmes plus raisonnables, des clientes plus fidèles, un découpage du secteur plus clair.

Avez-vous un couturier de référence ou une admiration pour quelqu’un ?

J’admire Madame Grès, elle était complétement à part, un génie de la technique, elle est restée intemporelle par son travail sculptural et très féminin des plissées.

Le Digital et Christine Phung

Comment la marque Leonard Paris s’adapte-t-elle au digital ?

Nous allons ouvrir notre on-line store Leonard très prochainement ! Et nous renforçons notre présence sur les réseaux sociaux avec un contenu quotidien sur instagram et facebookNous avons lié des liens avec des blogueuses célèbres, certaines sont venues au défilé. Je m’intéresse, de mon côté, aux nouvelles esthétiques digitales.

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Christine Phung – Leonard Paris – Instagram

Selon vous, le digital peut-il créer une expérience à part entière pour le consommateur ?

Oui car Il y a une facilité et une fluidité incroyable dans l’immédiateté de l’accès à ce monde, c’est grisant, enivrant, euphorisant… C’est une galaxie parrallèle où les échelles sont différentes.

Le digital peut-il être remplacer l’expérience humaine que l’on retrouve en boutique ?

Nous sommes dans un système omnicanal : en boutique, on peut toucher, essayer, se rendre compte des volumes, des matières, des couleurs, la boutique est encore nécessaire, et complémentaire !

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Etre une femme…

Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme dans votre position de chef d’entreprise pour votre propre maison ?

Non, jamais !

Les attentes de vos collaborateurs sont-elles plus importantes en tant que femme ?

Je n’ai jamais ressenti cela de ma vie. Mes collaborateurs ne m’ont jamais fait sentir de différence. J’ai certainement en moi également une part masculine, dans mon rapport au travail qui s’adapte plutôt bien aux règles que je rencontre.

Quelles sont les plus-values d’une femme « chef d’entreprise » ou « Directrice de création » ?

Une sensibilité au produit plus forte, la possibilité immédiate d’essayer les pièces, de vivre sa mode de manière fonctionnelle, de comprendre les besoins des femmesd’aujourd’hui, de crash-tester immédiatement les produits….

On rencontre beaucoup plus d’hommes que de femmes aux postes de création des maisons de Couture, y a-t-il une raison ?

Le métier de directrice artistique est difficile, il demande beaucoup de sacrifices, beaucoup de disponibilité et d’énergie et cela sera peut-être moins facile pour une femme si elle a par exemple déjà des enfants, sauf si elle peut être entourée et aidéeIl est aussi peut-être plus facile de se faire repérer lorsqu’on est un homme dans ce milieu de la mode,car ils sont moins nombreux et paradoxalement plus visibles, donc peut-être plus de co-optation entre eux.

À quoi ressemble votre quotidien 

J’essaie de vivre mon quotidien avec le plus de joie possible, comme une aventure, comme un voyage, nourri de rencontres et d’observation du mondeMes journées ne se ressemblent jamais. Et c’est parfois la course…

Est-ce ou étais-ce un frein en tant que femme d’être à la tête d’une société ?

Non, je n’ai jamais ressenti cela ! C’est l’énergie, la volonté, la vision, la communication  et les projets qui comptent le plus !

Le luxe et vous …

Pour vous, le luxe est-il différent si on est un homme ou une femme ?

Oui si on considère que notre rapport au temps est différent selon le fait que l’on soit un homme ou une femme, ou si nous sommes dans une quête d’objet-statut social , de séduction ou de pouvoir. 

Quelle serait votre définition du luxe ?

Le luxe est à mes yeux une quête de perfection qui ne tient pas compte ni du temps ni des moyens pour aboutir à son objectif idéal.

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Christine Phung – Collection « La quadruple du cercle »

Votre moment luxe à vous, c’est quoi ?

Le luxe de ne pas avoir à mettre de réveil, de ne pas regarder l’heure dans la journée, de me laisser flotter dans un sentiment de liberté et de contemplationle luxe de prendre soin de moi, le luxe de ne pas avoir d’angoisse, d’avoir un mental apaisé et fort.

Quel conseil pourriez-vous donner pour réussir dans la vie ?

Avoir une vision de ses rêves, processer les actions pour y parvenir et rester souple, optimiste et persévérant.

Plus d’infos sur Leonard Paris ici et Christine Phung ici