PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Erik Perey (Luxury Attitude), Jérôme Tourbier (Les Sources de Caudalie) ou encore Nicolas Bos (CEO de Van Cleef & Arpels), c’est au tour de Monsieur Benoît Bergeaud, Directeur  de l’Agence 1969 de se confier à Luxurydesign

Benoit bergeaud agence 1969

Franck Demaury : Benoit, pourriez-vous présenter votre parcours ?

Je suis un fils de pub. Tout petit, j’étais obnubilé par les spots de pub TV, j’ai su très jeune que je voulais travailler là-dedans. J’ai commencé chez l’annonceur, au sein de la direction marketing de Renault, puis dans les médias, au sein du groupe Excelsior. Je suis ensuite passé en agence créative où j’ai notamment travaillé près de 10 ans au sein du groupe DDB (agence V et DDB Paris) en tant que directeur conseil. Enfin, j’ai fondé ma propre agence d’influence digitale, 1969, en 2012.

Je suis un fils de pub

Franck Demaury : Quelles ont été les plus grandes difficultés au cours de votre carrière ? Les plus grandes satisfactions ?

Quand on sort d’une grosse entreprise bien installée sur le secteur, avec un nom et une réputation, on ne mesure pas la difficulté de se lancer seul. Lorsque j’ai fondé l’Agence 1969, je suis reparti de zéro et je n’ai pu compter que sur moi-même. Après 4 ans d’activité, je suis aujourd’hui fier d’accompagner des clients d’envergure depuis plusieurs années et sur le long terme.

agence 1969 bureau

Franck Demaury : Comment est née votre agence ? Pourquoi avoir choisi de créer celle-ci ?

Comme une évidence. L’envie d’entreprendre depuis longtemps et l’aboutissement d’un projet de vie. J’ai voulu créer une agence qui me ressemble, à taille humaine, avec des valeurs et de la simplicité.

Franck Demaury : Quelles qualités faut-il pour fonder une agence ?

Il faut savoir accepter l’échec, admettre de se tromper parfois, faire preuve d’humilité et évidemment, être persévérant.

Franck Demaury : Comment s’organise une journée type ?

Mes journées ne sont jamais les mêmes, c’est aussi ce qui me plaît dans mon métier. Si je devais vraiment en définir une, elle commence par une première session de travail à la maison avant de partir au bureau. Une fois à l’agence, je fais un point avec les différents chefs de projet sur les sujets en cours. S’en suivent des réunions client, entrecoupées de réunions en interne sur les travaux de chacun. Généralement, je termine ma journée par un peu d’administratif. Ce qui ne change jamais, c’est l’apéro avec les copains en fin de journée !

Franck Demaury : Comment se compose votre agence ? Quels métiers peut-on y retrouver ?

Je suis entouré de 12 collaborateurs expérimentés en stratégie, conseil, création et suivi de production. L’agence est structurée pour répondre à chaque maillon de la chaîne digitale. De la brand strategy, assurée par deux planneurs stratégiques et un traffic manager, de la gestion de projet, que se partagent trois brand managers, et de la production de contenus avec un DA/graphiste, un concepteur-rédacteur, un journaliste et un développeur intégrateur, dont une partie en free-lance. Et à partir de cet automne, nous renforçons notre expertise avec le lancement d’un pôle dédié aux relations presse et publiques internationales, qui nous apportera deux nouveaux collaborateurs.

agence 1969 l oreal
Agence 1969 – L’oréal

Franck Demaury : Quel type de « patron » êtes-vous ?

J’accorde une grande confiance à mes équipes et je mise sur la responsabilisation, en n’excluant évidemment pas quelques points de contrôle.

Franck Demaury : Que pensez-vous apporter à vos collaborateurs ?

J’espère leurs faire bénéficier de mon expérience.

Franck Demaury : Qui sont vos concurrents ? Quelles sont les principales différences avec eux ?

Nos concurrents sont de grosses agences comme des plus petites – et plus particulièrement spécialisées dans la communication et publicité digitale. Nous sommes encore une petite structure mais nous nous efforçons d’assurer une qualité de réflexion et de livrables digne des plus grands agences.

Franck Demaury : Qui sont vos clients ?

Nous avons aujourd’hui un portefeuille constitué uniquement de grands comptes.

Du secteur des spiritueux (Martini, Eristoff, Grey Goose ou encore Pastis 51 et Grand Marnier), des télécommunications (Orange Groupe), en passant par celui des cosmétiques (L’Oréal Professionnel) et de l’hôtellerie (Accorhotels) ou encore de l’assurance (Allianz) – nous travaillons avec différentes marques, avec de multiples problématiques.

agence 1969 martini

Franck Demaury : Qu’est ce que leurs apportent l’agence 1969 ?

Une énergie et agilité du fait d’être une agence indépendante. Aussi, du sur-mesure puisque nous souhaitons concevoir des campagnes de communication sur-mesure, parfaitement adaptées aux besoins et aux budgets de chacun de nous.

Franck Demaury : Quelles sont vos ambitions pour le futur ?

L’ambition de l’agence est de continuer à être indépendante et stable économiquement pour conserver notre liberté. Aussi bien dans le choix de nos clients que dans les conseils que l’on prodigue au quotidien.

charles heidsieck agence 1969

Le luxe, le digital et vous

Une histoire d’amour ! (rire)

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir le luxe ? L’excellence ? La qualité ?

Selon moi, le luxe va au-delà du produit. Une maison de luxe ne vend pas de simples objets mais une expérience et même des émotions.

Franck Demaury : Depuis vos débuts qu’est ce qui a changé dans le monde du luxe ?

Un des changements dans l’univers du luxe est cette volonté de toucher une cible plus jeune et de dynamiser leur image de marque.

Une maison de luxe ne vend pas de simples objets mais une expérience

Franck Demaury : Le luxe et le digital peuvent-ils et doivent-ils cohabiter selon vous ?

Bien sûr ! Le digital attire les marques de luxe, dès lors qu’il combine créativité et innovation. Il reste moins couteux que l’ouverture d’une boutique par exemple, et permet de toucher un nombre de consommateurs plus important mais aussi à l’international. Aussi, les leviers digitaux permettent de toucher et fidéliser une cible beaucoup plus jeune : les digital natives.

Nous croyons vraiment qu’une bonne stratégie permet de concilier digital et image de marque.

Franck Demaury : Pour vous, la communication digitale est-elle nécessaire pour les marques et maisons de luxe ?

Oui, dès lors que les marques de luxe doivent s’adapter au monde technophile dans lequel nous vivons ! Etre présent sur le digital n’est pas une fin en soi. Les maisons de luxe doivent faire évoluer leurs valeurs grâce à des initiatives digitales fortes et pertinentes.

Aussi, beaucoup de marques de luxe ont encore peur de se lancer dans le digital et l’e-commerce. Elles misent encore fortement sur l’univers et l’expérience sur-mesure de la boutique. Mais les clients, surtout les plus jeunes, sont aujourd’hui prêts à dépenser un produit de luxe online et cela doit être pris en compte !

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Agence 1969 – Orange

Franck Demaury : Le digital peut-il faire vivre une expérience aux clients ? (Comme on pourrait la vivre en boutique)

Oui mais encore une fois cela demande d’être à la hauteur de la valeur de la marque. Que ce soit sur le social media, sur le site e-commerce ou sur le site vitrine, la marque de luxe doit garantir une expérience client unique, sur-mesure – et ne doit pas se réduire à l’envoi d’un colis.

Un produit de luxe doit être touché, manipulé par le consommateur. Le digital peut être alors aujourd’hui, une manière efficace d’amener la personne en boutique.

Franck Demaury : Le digital ne fait-il pas perdre le côté humain que le luxe doit avoir ?

Comme j’ai pu le dire, le digital ne doit pas et ne peut pas remplacer une expérience humaine en boutique. Mais il convient de garder l’aspect humain lors de l’élaboration d’une stratégie digitale. Les réseaux sociaux peuvent être, justement, un moyen d’injecter une bonne dose d’humain dans la relation aux consommateurs.

agence 1969 benoit bergeaud bureau

Franck Demaury : Les marques attachent-elles beaucoup d’importance aux influenceurs sur Instagram et autres réseaux sociaux ?

Oui et depuis un bon moment, notamment à l’étranger ! Les marques ont compris la force et l’intérêt de vendre un produit ou une expérience via le prisme d’une forte personnalité.

Franck Demaury : Comment faire la différence entre les vrais et les faux influenceurs ?

(Ceux qui achètent les followers et ceux qui les gagnent naturellement)

Bonne question ! Il ne faut pas se limiter à des considérations métriques, ni même à un influenceur trendy. Il est essentiel d’analyser la qualité de sa base fan ainsi que son audibilité afin de ne pas se tromper.

Franck Demaury : Selon vous, faut-il mieux miser sur un blogueur, influenceur, média qui a un lectorat réduit mais sur lequel il influence vraiment ou est-il préférable de miser sur un « blogueur, influenceur, média » ayant beaucoup de followers avec lesquels il n’a aucun rapport (ou peu) et aucune connaissance ?

La qualité prime sur la quantité non ? (sourire)

Franck Demaury : Les réseaux sociaux sont-ils une mode passagère ou un moyen de communication qui perdurera dans le temps ?

Je pense que le social media perdura mais évoluera sans cesse. Tous les jours, de nouvelles fonctionnalités, de nouveaux réseaux voient le jour et à nous de nous adapter à ces changements.

agence 1969 Charles heidsieck voitures noires

Franck Demaury : Les marques reviennent au storytelling. Pourquoi ce retour à cette pratique ?

Elles n’ont jamais abandonné cette pratique communicationnelle. J’ai déjà pu m’exprimer à ce sujet et je pense que le storytelling n’a pas disparu mais a laissé place au storymaking. Les marques ont compris depuis longtemps qu’il était efficace d’écrire et raconter une belle histoire autour d’elles. Mais aujourd’hui, il est important d’écouter ses consommateurs pour l’écrire. Une présence digitale doit être travaillée en intégrant la cible et le public. Ces derniers deviennent de vrais acteurs et la marque devient plus que jamais audible.

Franck Demaury : Selon vous, les médias, les blogueurs et les influenceurs sont-ils encore libres d’expression dans ce monde où le marketing a beaucoup de pouvoir sur le financement des médias ?

Et si je vous disais qu’un vrai influenceur choisit les marques pour lesquelles il travaille et sa prise de parole, aujourd’hui ? La puissance du digital, c’est bien cela !

agence 1969 voitures noires

Votre luxe à vous

Franck Demaury : Votre moment « luxe », ce serait quoi ?

Si je ne devais en garder qu’un : chez moi à Cassis. Regarder le soleil tomber dans la mer depuis la falaise du cap Canaille, accompagné d’une verre de rosé de la région.

Franck Demaury : Quelle est votre plus grande fierté ? Personnellement ? Professionnellement ?

Personnelle : ma famille, mes amis, mes emmerdes… :)

Professionnellement : 1969 bien sûr !

agence 1969 Charles heidsieck