Soléal dernier bateau de croisière de la Compagnie du Ponant
Soléal dernier bateau de croisière de la Compagnie du Ponant


Attaché au respect du patrimoine, l’architecte Jean-Philippe Nuel se livre à luxuryDesign. Confidences d’un homme talentueux, humble et pourtant discret.

FD : Jean-Philippe, pourriez-vous nous raconter vos débuts dans l’architecture ? Pourquoi avoir choisi ce métier ? J’ai sans doute choisi ce métier un peu par atavisme. J’ai deux oncles architectes et mes parents ont toujours été passionnés par l’architecture et le design. Mes débuts ont été ceux de nombreux architectes : concours, charrettes… J’ai eu la chance d’être primé à des concours d’architectures et de rentrer dans des concours publics à une époque où il n’était pas nécessaire de donner son chiffre d’affaires pour être retenu. Les circonstances ont fait qu’aujourd’hui je suis surtout reconnu en architecture d’intérieur.

FD : Quelle est la touche/ particularité « Nuel » ?
Je ne cherche pas à me conformer à un style, au contraire, chaque projet me porte pour trouver une expression spécifique, comme un écrivain qui raconte à chaque livre une nouvelle histoire. Néanmoins le style reste, certains écrivains, pour continuer le parallèle, disent qu’ils ont écrit toute leur vie la même histoire. Un style qui reste, résulte sans doute d’un mode de pensée qui passe d’un projet à l’autre d’une façon inconsciente. Si je me retourne sur mon travail, je peux dire que je n’aime pas le maniérisme, les projets « sur-écrits ». J’aime que tous les éléments trouvent leur place comme un écrivain trouve le mot juste pour donner du sens et de l’émotion.

FD : Quelles sont vos sources d’inspiration et vos influences ?
Mes sources d’inspiration sont le cinéma et la littérature pour leurs capacités à nous transporter dans des univers sans limites. La limite reste seulement notre capacité à inventer.

FD : Au fil des années, vous convertissez l’intérieur des grands monuments en d’incroyables hôtels de luxe. Comment gère-t-on ce genre de projets ?
On gère ces projets avec humilité. Humilité pour pouvoir comprendre et appréhender un bâtiment historique dans sa complexité. Ce sont des projets où il n’y a pas de méthodologie unique car chaque bâtiment est différent. C’est souvent également un travail d’équipe avec les gens du patrimoine, patrimoine qui ne doit jamais être perçu comme une contrainte, mais plutôt comme une vraie chance, une opportunité d’explorer des voies nouvelles. Humilité par rapport à la nature de notre travail car on intervient sur le lien affectif très fort qui lie une architecture historique avec son environnement, avec les gens qui ont grandi avec un bâtiment qui fait partie de leur vie.

La dimension humaine dans
un projet est importante

FD : Qu’est ce qui vous pousserez à refuser un projet ?
Quand un client me sollicite, je cherche à savoir s’il connait mon travail, ce qu’il apprécie. Si l’on partage une vision commune. La dimension humaine dans un projet est importante, c’est toujours une aventure qu’il faut avoir envie de partager.

FD : Y a-t-il un objet/ un meuble / une couleur que vous aimez inclure dans chacun de vos projets ?
J’aime inclure des œuvres d’art, de la peinture, de la photo ou même des œuvres vidéo. La couleur dans mon travail est souvent un contrepoint. Je me méfie de la couleur qui souvent est liée aux modes ou encore à des références personnelles.

FD : Imaginez-vous une histoire lors de la création d’un nouvel intérieur ?
J’imagine plutôt le décor d’une histoire où les premiers plans d’un film. L’histoire elle-même reste à écrire par les personnes qui vont investir les lieux. Mais dans un film les premiers plans sont extrêmement importants, ils créent l’atmosphère, ils orientent la perception.

FD : Selon vous, l’architecture est-elle influencée par la société, les coutumes d’un pays/ région ou l’inverse ?
L‘architecture a toujours été le reflet des sociétés. Pour moi, les meilleures histoires de l’art à l’image de Georges Duby sont celles qui replacent la création dans son cadre politique et social.

FD : Beaucoup de chaînes hôtelières ont inondé le marché avec des lieux ayant le même style et les mêmes lignes. Est-ce important pour ces groupes hôteliers de garder les racines et les fondements des pays où les lieux se construisent ?
Je pense qu’un projet doit conserver des liens avec le lieu où il est construit. La difficulté de cet exercice est d’éviter le pastiche ou encore les raccourcies trop superficiels. Il est déprimant de trouver les mêmes réponses architecturales partout dans le monde, mais la difficulté provient du fait que la modernité en architecture est née d’une pensée internationale. Une pensée basée sur les besoins universels de l’homme, mais qui faisait passer au second plan sa culture et de son histoire. Il est passionnant de réinventer une nouvelle modernité qui, au-delà du vocabulaire architectural, va chercher dans les fondements des architectures traditionnelles, de nouveaux concepts applicables à de nouvelles constructions. De nombreux architectes japonais comme Fumihiko Maki ont construit leurs réflexions autour d’une pensée similaire.

FD : Les particuliers sont–ils influencés par la décoration des hôtels de luxe ?
Le particulier cherche aujourd’hui à se créer un environnement personnalisée qui doit signifier qui il est socialement et intellectuellement. C’est une tendance lourde puisque l’on voit cette demande s’exprimer jusque dans des produits industriels qui sont par nature très difficiles à différencier. L’automobile exprime parfaitement cette évolution. Dans la décoration, les hôtels offrent une large gamme de décors où la mise en scène est naturellement toujours poussée donc très identifiable. Le particulier va puiser dans ces projets non pas un décor total, mais des éléments ponctuels très marqués qui vont l’aider à créer son propre décor moins lisse et plus identifiant.

FD : Par ailleurs, quelles sont les tendances actuelles ?
Je pense que l’on s’oriente vers des lieux davantage respectueux des moyens mis en œuvre, des lieux où la poésie et la recherche de sens pourront primer sur le spectaculaire.

FD : Avec qui aimeriez-vous travailler ? Pour qui aimeriez-vous travailler ?
J’aimerais travailler avec des artistes comme Soulage par exemple, chercher à mettre en symbiose des projets d’architecture intérieure avec une démarche artistique allant au-delà d’un simple accrochage de tableaux. Ce que j’aime chez un client, c’est qu’il me fasse confiance mais qu’il soit également exigent en terme d’attente créative et conceptuelle. Les meilleurs projets sont ceux que l’on porte à deux avec une ambition partagée, ce qui demande une certaine complicité.

FD : Quelle est la question que vous aimeriez qu’on vous pose ?
J’ai dit précédemment que la littérature était une source d’inspiration, alors plutôt qu’une question peut-être faut-il seulement citer un auteur comme Octavio Paz pour que la poésie reste présente en nous : « contre le silence et le vacarme, j’invente la parole, la liberté qui s’invente elle-même et m’invente chaque jour ». J’ai dit précédemment que la littérature était une source d’inspiration, alors plutôt qu’une question peut-être faut-il seulement citer un auteur comme Octavio Paz pour que la poésie reste présente en nous : « contre le silence et le vacarme, j’invente la parole, la liberté qui s’invente elle-même et m’invente chaque jour ».

FD : Si vous deviez poser une question à une personne, qui serait celle-ci ? Que lui demanderiez-vous ?

J’aimerais échanger avec notre ministre de la culture Aurélie Filippetti

J’aimerais échanger avec notre ministre de la culture Aurélie Filippetti pas seulement parce qu’elle est née comme moi dans la même petite ville de Lorraine, mais parce qu’elle semble au travers de ses déclarations passionnée par la problématique de reconversion de lieux historiques, problème que j’ai abordé avec l’Hôtel-Dieu de Marseille et l’ancien tribunal de Nantes ou le Grand Hôtel Dieu de Lyon, bâtiments transformés en hôtels tout en cherchant à réinventer un nouveau lien entre le public et son patrimoine.