Il est encore exposé jusqu’au 31 mai au Marriott Renaissance Paris Vendôme 5*. Il est atypique, fantastique, inattendu. Son nom, Gaspard Noël, va marquer le domaine de l’art et de la photographie pour les années à venir.

Gaspard Noel photographie futilités
Futilités

Et la raison à son explosion artistique est assez simple. Gaspard pratique l’autoportrait et donne une vision du monde, sa vision à travers la nudité, les paysages et les photographies percutantes, folles de sens, voire bouleversantes.

Sa force est de provoquer les émotions, de bousculer les codes, d’interroger le soi intérieur. Le travail de Gaspard est une invitation à la liberté en haute résolution… Sélectionné dans différents concours et par les éditeurs de Celeste comme « Editor’s choice », le photographe se confie à Luxury Design. Découvrez son univers, sa définition du luxe et son Art.

Gaspard Noel portrait

Franck Demaury : Gaspard Noël, pourriez-vous vous présenter en quelques mots ?
Gaspard Hannibal Noël. 30 ans. Artiste photographe. Voyageur aventureux. Humain de passage. J’aime ma compagne, les gorilles, la viande des grisons, la science-fiction, le vent, me suspendre et porter des choses lourdes. Mon rêve, car c’est à ça, je crois, qu’on identifie l’âme d’un homme, est de devenir indestructible, tant physiquement que mentalement. Afin, sans doute, de n’avoir jamais à rendre le moindre coup.

Franck Demaury : Quel est votre parcours ?
J’ai fait des études classiques jusqu’au Bac. Puis, après avoir formidablement raté une Math sup, j’ai poursuivi ce chemin tranquille par des études de commerce. Je savais bien longtemps avant d’avoir mon diplôme que je ne l’utiliserais jamais. Je prenais des photographies depuis toujours, et des autoportraits pour m’amuser, dans ma chambre, depuis le milieu de la première. La fin de mon parcours académique est ponctuée de parenthèses de liberté et de création. Un voyage de 7 mois en solitaire en Asie, une période de 2 mois, à la fin d’un stage en entreprise, durant laquelle j’ai vécu la nuit, à photographier des personnages loufoques que j’interprétais moi-même dans les rues de Paris, et 6 mois en Erasmus à Dublin, que j’ai passé à porter des poids en parcourant la campagne irlandaise avec mon appareil photo.
Sitôt mon diplôme obtenu, j’ai commencé à développer à temps plein mon univers et à montrer mon travail partout, pour autant de vestes plus ou moins sévères.

Gaspard Noel ces delicieuses chaines Naked frenchie
Gaspard Noel – Ces délicieuses chaînes – Naked frenchie

Franck Demaury : Quelle a été la plus grande difficulté dans votre parcours ? Les plus grandes satisfactions ?
Les difficultés sont toutes liées à la pénétration du monde de l’art et à la justification de mon travail qui a longtemps été catalogué par les galeristes ou experts que je croisais comme « anecdotique », ou comme « de la photo gag », quand j’avais l’impression et l’intention de parler, de m’interroger sur l’âme des hommes, de proposer des solutions pour l’amélioration de la vie sur Terre.
Alors que les rencontres avec le public sont toujours un délice, une compréhension immédiate, joyeuse, pénétrée de cette interprétation que je donne de l’homme en adéquation avec son environnement, avec sa folie intérieure, à la fois belle, volontaire et inoffensive, aujourd’hui encore, face aux acteurs établis de ce secteur, je dois souvent faire face à des « Oui oui, c’est joli, mais … » suivi d’un haussement d’épaules, signifiant que mon interlocuteur ne voit pas bien quelle portée artistique cela peut avoir.
Les plus grandes satisfactions, en-dehors des rencontres avec le public, sont liées à ma pratique de la photographie. Tout est si bon, si miraculeux : aller dans des endroits sublimes ou insolites, lutter contre les éléments pour m’y inscrire, puis rentrer chez moi et découvrir que le résultat fonctionne, que l’image est belle, qu’elle m’inspire mille pensées … quelle joie !

Gaspard Noel - La superbe de Noé - Futilités
Gaspard Noel – La superbe de Noé – Futilités

Franck Demaury : Si nous demandions à un proche vos qualités et vos défauts, que pourrait-il nous dire ?
Mes qualités sont aussi mes défauts, je crois, et inversement. Par exemple, je lutte bien sûr contre ce trait dans ma quête de l’indestructible, mais je suis par nature très susceptible, ce qui est un vilain défaut. Pourtant, comme mes proches sont tous très taquins, ils en ont longtemps profité pour rigoler sans méchanceté sur le dos bêtement boudeur que je leur offrais si aisément.
Une grande qualité que j’ai est d’être capable de reconnaître mes torts, et donc d’être capable de changement, mais ma susceptibilité et ma fierté font que je vais toujours d’abord argumenter, même contre les meilleures idées. Un excellent ami à moi a donc pris l’habitude de me cultiver, comme un champ, il plante une graine, insistant juste ce qu’il faut pour que je m’en offusque un peu, sans drame, et il attend ensuite que la plante pousse naturellement en moi. Plus tard, lorsque l’idée aura été pleinement acceptée, il sait que je lui reconnaitrai sa part de mérite.

L’Art, c’est l’expression blasphématoire de notre libre arbitre absolu.

Franck Demaury : Comment pourriez-vous définir le luxe ?
Question difficile. Le luxe, par nature, est superflu. Et ce superflu, confronté à l’évidence que l’essentiel est loin d’être assuré à tous dans le monde, peut choquer. Mais je crois que le luxe en lui-même n’est pas à condamner. C’est l’outrance qui est fautive.
Il faut avoir conscience de tout ce qui, dans nos vies, est luxe. L’eau potable, la nourriture omniprésente, la possibilité d’avoir l’esprit suffisamment libre pour aimer, pour créer, pour rêver. Autant de cadeaux du hasard qui m’a vu naître dans une famille aimante dans une zone stable du monde.
Sans pour autant refuser les bienfaits que l’abondance permet, je crois qu’il est bon pour les humains à l’abri du besoin d’avoir une notion aiguisée de la satiété et de la sobriété. D’avoir une conscience nette de ce qu’on pourrait appeler un « confort suffisant ».
Dans ce cadre, on peut réfléchir à une nouvelle vision du luxe, un luxe moderne, et qui serait plutôt la promesse, ou l’assurance, du bon goût et de l’exceptionnel sans exagération.

Gaspard Noel Tant que mon coeur battra Futilites
Gaspard Noel – Tant que mon coeur battra – Futilités

Franck Demaury : Qu’est-ce que l’Art pour vous ?
L’Art est l’essence même de la vie. C’est la matérialisation miraculeuse, à travers le tamis qu’est la personnalité d’un être humain, de quelque chose à partir de rien. Toute idée, toute décision, tout geste est une performance artistique. L’Art, c’est l’expression blasphématoire de notre libre arbitre absolu.

L’art et vous

Franck Demaury : Pourriez-vous présenter votre univers en quelques mots ?
Je prends des autoportraits, des mises en scènes poétiques par lesquelles j’essaye de parler de la meilleure nature des hommes, celle qui accepte la différence, celle qui se suffit à elle-même et ne cherchera donc l’Autre que par une joyeuse curiosité, jamais pour dominer.

J’ai reçu il y a quelques semaines un message qui décrivait mon travail tel que je le rêve, et il disait ceci : « Mais si je reste à ma place bien réelle de spectatrice, alors l’émotion spontanée que je reçois, c’est un vent d’absolue liberté, l’ouverture du champ de tous les possibles, un tout permis d’alternatives, qui à jamais démontre la puissance de notre manière de tisser le lien le plus harmonieux et esthétique avec le monde. Ce que tu illustres est l’intelligence humaine lorsqu’elle est dépourvue d’arrogance et de désir d’appropriation. »

Et si je l’illustre réellement, si cela est perceptible par le plus grand nombre et non seulement par une âme particulièrement sensible, alors ma tâche sur Terre est accomplie.

Gaspard Noel x
Gaspard Noel – X – Futilités

Franck Demaury : Comment est née votre passion pour la photographie ?
C’est une passion familiale. J’ai toujours vu mon père photographier.
Dès que j’ai eu l’âge de tenir un appareil, j’ai eu droit de gâcher occasionnellement quelques portions de ses pellicules. Quand m’est venue plus tard l’envie d’exprimer certaines choses, ce média s’est imposé comme une évidence.

Gaspard Noel ne du chaos Futilites
Gaspard Noel – Né du chaos – Futilités

Franck Demaury : La Nature est souvent utilisée comme décor dans vos photos. Que vous inspire-t-elle ? Quel message aimerez-vous passer pour sa préservation ?
Mon rapport à notre planète a quelque chose de religieux. Les dimensions de notre monde me fascinent. L’humanité a beau avoir un impact gigantesque sur notre environnement, celui-ci reste infiniment grand, et beau, et puissant, à l’échelle d’un seul homme. Une vaguelette de rien du tout balaye un corps comme un vulgaire fétu de paille. Nos existences particulières sont microscopiques pour notre hôte monumental, si bien qu’en confrontant ma ridicule résistance d’humain à des phénomènes naturels, j’ai souvent l’impression de jouter contre un dieu. Je retrouve les sensations à la fois d’impuissance et de confiance que j’avais petit garçon quand j’essayais de me battre contre des adultes. L’idée n’est pas de vaincre, mais de résister et de s’améliorer. De grandir.

Mon message pour la préservation de la Nature est tout ce qu’il y a de plus bateau : préservons-la. Soyons raisonnable. Reconnaissons l’abondance lorsqu’elle est présente, et contentons-nous-en.
J’entends souvent, ces temps-ci, la comparaison qui fait des humains un cancer pour la planète. Une comparaison qui tient certes la route, mais je préfère personnellement nous voir comme des bactéries, dont le rôle peut être néfaste ou bénéfique. Il me plaît de penser que notre espèce, même omniprésente, peut participer au bon fonctionnement de l’organisme Terre.

Gaspard Noel photographie sur la panse du dragon
Sur la panse du dragon

Franck Demaury : Comment avez-vous réussi à faire connaitre ce projet ?
Au fil des ans, j’ai réussi à me construire une petite communauté fidèle et très active sur Facebook, qui me suit et m’encourage.
En revanche, mes expositions physiques sont toujours le résultat de rencontres fortuites. Je suis exposé en ce moment à l’hôtel Marriott Renaissance Paris Vendôme 5*, jusqu’au 31 mai. La directrice de l’établissement est tombée amoureuse de mon travail en voyant ma photographie « Sur la panse du dragon » sur une vidéo de présentation de l’événement PARISArtistes# (partenaire d’ailleurs de l’exposition au Marriott), auquel j’ai participé l’année dernière après avoir invité la directrice de cet événement-là au vernissage de mon exposition précédente, dans un lieu génial : Le purgatoire, mi-galerie, mi-atelier de cuisine, dont j’avais rencontré le fondateur au cours du vernissage d’un événement privé dans lequel j’avais réussi à placer deux petites photographies grâce à un ami de la directrice de … et ainsi de suite, jusqu’au jour où je suis sorti du ventre de ma mère.

Franck Demaury : La nudité est, comme la Nature, particulièrement présente sur vos photos. Quel est le message caché derrière cette nudité ?
J’essaye autant que possible de parler via mes photographies de la condition humaine. J’aimerais idéalement que mes messages soient accessibles aux hommes issus de tous les milieux, de toutes les origines et de tous les temps. À cet égard, les habits sont un obstacle à l’universalité qu’il est facile d’éviter.
Mon corps nu est comparable à celui d’un homme de n’importe quelle époque, les sensations que j’éprouve en le plongeant dans l’eau glacée sont identiques à celles qu’a ressenties, que ressent et que ressentira tout être humain agissant comme moi.
Je n’ai rien de spécial à dire sur les cultures des hommes, elles sont toutes belles, complexes, entières … je ne ressens que rarement le besoin de les commenter. C’est à notre nature profonde que je m’intéresse. Une humanité non-belliqueuse est-elle envisageable ? Si oui, comment y accéder ? Quel plaisir peut-on substituer à celui de la destruction ? Quelles attitudes sont possibles plutôt que celle de la prolifération agressive et de la défense de son territoire ?

J'ai vogue sur un iceberg - 2015 - Gaspard Noël

Franck Demaury : Quelles sont les ambitions pour le futur ?
Prosaïquement : trouver un partenaire de confiance, dont je partagerais la vision du monde, galeriste ou autre, et qui pourrait m’aider dans la gestion de ma carrière et me permettrait de me concentrer plus encore sur la partie créatrice de mon travail. Exposer à l’étranger, exposer dans un musée. Je suis de toutes les aventures !
Artistiquement : prendre des photos de plus en plus belles, de plus en plus folles, de plus en plus justes. Mettre ma vie encore plus en jeu. Faire du bon boulot.

Un crâne, du sang, des idées, un petit siècle d’existence au cours duquel on ne vous demande rien d’autre que d’être vous.

Franck Demaury : Un rêve pour vos projets futurs ?
J’ai une foule de photographies en tête que je n’ai pas encore trouvé le moyen de prendre. Lutter contre des courants impossibles, porter des arbres, posé intégré dans une famille de gorilles … Autant de rêves qui me projettent avec enthousiasme vers l’avenir.
Et porter réellement, haut et fort, un message d’espoir, de tolérance et de sobriété.

Franck Demaury : Quels conseils pourriez-vous donner à ceux qui se lancent dans l’art et la photographie ?
Ayez confiance en vous. Nous sommes tous exactement les mêmes. Un crâne, du sang, des idées, un petit siècle d’existence au cours duquel on ne vous demande rien d’autre que d’être vous. Alors soyez-le sans honte. Tous les autres font pareil.

Franck Demaury : Comment « consommez » vous le digital ?
Je le consomme peu. Je n’ai pas internet sur mon téléphone. Je suis resté dix ans en arrière : j’utilise beaucoup Google et Facebook quand je suis chez moi, mais dès que je mets un pied dehors, je préfère me couper de ces communautés permanentes. J’aime me retrouver seul avec mes idées, c’est une partie nécessaire à mon processus de création.
Je fais preuve ici d’une petite dose de schizophrénie. Quand je suis chez moi, et que je cherche quelque chose, je m’attends, j’exige presque, l’instantanéité qu’offre maintenant le digital à tout instant. Mais dès que je m’éloigne de mon ordinateur, je n’attends plus rien de tel. Je me fie à nouveau aux seuls 5 sens avec lesquels je suis né pour vivre et tolère aisément la lenteur relative de mon cerveau et des vôtres comme rythme de croisière.

Franck Demaury : Le digital est-il compatible avec l’Art et la photographie ?
Absolument. C’est un avis très peu éclairé, mais ce que je perçois du digital, c’est une personnalisation et une accélération du flux d’informations reçus quotidiennement par chacun. Je ne vois pas en quoi cela pourrait menacer l’Art ou la photographie.

Gaspard Noel photographie ensemble

Votre luxe !

Franck Demaury : Votre moment « luxe », ce serait quoi ?
Une chaise longue de mousse verdoyante, un soleil doux, un vent frais, 18°C, une couette, un plateau de viande des grisons avec une boule au levain chaude, un grand verre de diabolo grenadine, à ma droite, ma compagne, à sa droite à elle, un gorille, devant nous, un panorama de montagnes enneigées, le temps d’une après-midi, parfois à deviser joyeusement, parfois à somnoler, parfois à lire un peu.
Histoire de s’étirer un coup avant de retourner au travail.

Franck Demaury : Votre lieu préféré pour vous détendre ?
N’importe où en hauteur. Un arbre, un toit, une falaise. Je me sens bien quand mes plantes de pieds peuvent respirer.

Franck Demaury : Qu’est ce qui est le plus important pour vous au quotidien ? Personnellement ? Professionnellement ?
Personnellement, la bonne entente avec ma compagne, la joie d’être avec elle et l’amour que je lui porte. La bonne santé de mes proches est aussi importante pour moi.
Professionnellement, c’est plus compliqué. Une journée sans créer ne peut me satisfaire pleinement. Heureusement, je conçois bien des façons de créer : écrire me fait beaucoup de bien, trouver des nouvelles façons de m’entraîner aussi, rien qu’avoir une idée intéressante pour une photographie future peut suffire.
Et au pire, si rien ne va, me reste la satisfaction d’avoir à résister.

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Gaspard Noel - Tepes - Futilités
Gaspard Noel – Tepes – Futilités