PDG, CEO, Fondateur/Fondatrice, Chargé(e) de marketing ou de communication, découvrez chaque mercredi le portrait d’un acteur du luxe. Après Erik Perey (Luxury Attitude), Jérôme Tourbier (Les Sources de Caudalie) ou encore Nicolas Bos (CEO de Van Cleef & Arpels), c’est au tour de Marithé et François Girbaud , précurseurs dans le monde de la mode et inventeurs du baggy et nombreuses autres techniques de vieillissement des vêtements, de se confier à Luxurydesign.

Avant-propos – Marithé et François Girbaud

Ils ont révolutionné le monde du jeans et de la mode, d’une manière plus large. Après l’arrêt de leur marque, Marithé et François Girbaud reviennent en force, grâce à un collectif nommé MAD LANE et une commercialisation étonnante et couronnée de succès.

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Marithé et Francois Girbaud – Photo : Alban Verneret

Marithé et François Girbaud, les révolutionnaires de la Mode

Marithé, pourriez-vous présenter en quelques mots votre parcours, votre histoire ?

Marithé : Nous n’avons jamais voulu être des couturiers. On a toujours travaillé pour habiller les gens de la rue dans leur quotidien. Nous sommes partis d’un vêtement de travail, le jean, en cherchant à lui apporter une élégance et une nouveauté. Nous nous intéressions au casual et au sport. Et toujours aujourd’hui.

Comment pourriez-vous définir le luxe ? L’excellence ? La qualité ?

Marithé : Pour nous le secret d’un vêtement réside dans sa qualité. On a toujours collaboré avec des fournisseurs de tissu créatifs et sérieux. C’est un travail qui nous tient à cœur depuis le début de notre carrière et nous avons eu la chance de travailler avec d’excellents partenaires. La qualité est primordiale.

Quelles ont été les plus grandes difficultés au cours de votre carrière ? Les plus grandes satisfactions ?

Marithé : Quand on innove il est toujours difficile de se faire comprendre. Aussi bien dans les matières, que les coupes ou les traitements. Nous avons beaucoup inventé et ce n’était pas toujours évident d’arriver sur le marché. Quand on a commencé le lavage des jeans personne ne le faisait, et pareil pour le laser quelques années plus tard. Nous avons dû enfoncer de nombreuses portes.

La plus grande satisfaction est alors de voir l’idée portée.

Parfois il se peut se passer plusieurs années entre les 2 étapes.

Marithé François Girbaud look 3

Qui est « Marithé+François Girbaud »

Vous avez apporté de nombreuses innovations dans le monde de la mode. Comment avez-vous trouvé toutes les idées pour innover à chaque fois ?

François : En ne s’occupant pas justement de la Mode, mais DU mode de vie des gens.

En ne s’occupant pas justement de la Mode, mais DU mode de vie des gens.

Marithé : C’est vrai qu’il ne faut pas s’occuper de la mode. C’est un cheminement par rapport aux matières, aux idées. Parfois il n’y a rien de plus « bête » qu’une idée mais il faut la faire naître et la faire bien.

Pourriez-vous nous en dire plus sur la fin de la marque et son retour ?

Marithé : Décrocher était impossible. Les gens ont manifesté leur manque et on avait besoin de revenir vers eux. Mais recommencer de la même manière ne nous tentait pas. Quel intérêt ?

On a choisi un retour innovant. Quand l’industrie du disque s’est écroulée, les artistes sont remontés sur scène, du coup nous aussi on a monté notre équipe et entamé notre tournée.

Ce retour c’est avec le collectif Mad Lane, en auto-financement et avec une équipe d’anciens qui sont restés proches de la marque. De ville en ville nous nous installons pour des ventes événements. Pour nous retrouver il suffit de s’inscrire sur le site et de réserver sa place via notre billetterie.

La première année nous avons fait 17 ventes dans 12 villes et 20 sont déjà prévues dans 18 villes d’ici décembre, dont 6 villes inédites !

François : Et nous avons continué comme nous avons agit depuis toujours, en vivant notre époque. Comme nous l’avons toujours fait.

Nous avons toujours été portés par des modèles et des procédés qui ont été d’énormes succès, des périodes et des défilés qui correspondaient à des changements de coutumes et de société.

Plusieurs fois nous nous sommes réinventés.

Et Mad Lane est né…

Marithé François Girbaud look 1

Quelle est la place de l’artisanat chez Marithé+François Girbaud ?

François : on commence une idée et souvent avec rien dans les mains.

On part d’une fibre, une molécule, qui vont bouleverser l’industrie et devenir des monstres incontrôlables. Mais le départ reste artisanal, très manuel, sculpté aux épingles et ciseaux dans des officines… pas toujours de première jeunesse.

Le secret est aussi que nous travaillons toujours avec des gens passionnés et talentueux.

Qui sont vos concurrents ? Quelles sont les principales différences avec eux ?

François : Ils ont beaucoup changé, ils se sont évaporés souvent, ou continuent à nous suivre comme des parasites. Nous on les a laissé dans leur époque. Souvent copiés… mais pas encore égalés.

Marithé : À toutes les époques nous avons eu des gens qui ont essayé de nous suivre. Ils ont évolué, changé. Nous, nous regardons toujours devant et jamais derrière ni autour.

Nous, nous regardons toujours devant et jamais derrière ni autour.

Qui sont vos clients ?

François : 3 générations au minimum, fidèles. Et on nous découvre encore aussi.

Marithé : Aujourd’hui nos pièces habillent vraiment tout le monde. Femmes et hommes, jeunes et moins jeunes, nous avons vraiment de quoi séduire chacun et nos clients nous renvoient cette image. Dans chaque ville nous arrivons à conquérir un public toujours plus jeune.

Quelles sont les attentes de vos clientes/clients ? Comment garantissez-vous la qualité attendue par vos clients ?

Marithé : Nos clients viennent nous voir pour 2 valeurs : la qualité et l’originalité. Ils savent que nous innovons et proposons toujours un vrai travail de création. Nous allons de l’avant plutôt que de copier sur les autres.

Nos clients viennent nous voir pour 2 valeurs : la qualité et l’originalité

Pour cela nous choisissons nos fournisseurs et travaillons en étroite collaboration avec eux. J’aime aller dans les usines et échanger avec les ouvriers pour découvrir de nouvelles interprétations et travail des matières.

C’est également ainsi que nous assurons une bonne qualité.

Quelles sont vos pièces emblématiques et le best seller ?

Marithé : Nos 3 piliers sont nos référents. Le jean évidemment, avec le WATTWASH qui grave les jeans sans eau ni produits chimiques grâce au laser et que nous utilisons depuis plus de 20 ans ! Le stretch qui nous offre des réalisations vraiment innovantes avec des découpes laser et un tissu qui permet des performances incomparables. Et la maille qui a toujours été un secteur que nous aimons beaucoup.

Quelles sont les prochaines étapes ?

Marithé : Pérenniser notre retour, aller à la rencontre de plus en plus de clients dans de nouvelles villes et bientôt ouvrir notre e-shop avec nos pièces intemporelles. Puis reconquérir nos marchés étrangers.

Marithé François Girbaud

La mode et Marithé+François Girbaud

Le jean délavé a été l’une des vos pièces emblématiques. Comment l’idée de modifier son apparence est-elle née ?

François : Les clientes ne pouvaient pas comprendre que ce que nous portions venait de cette « chose » : raide /très bleue /qui tachait les sous-vêtements et les autres vêtements…

Marithé : Alors je les ai lavés ! et avec François nous avons inventé l’industrialisation du délavage. C’est aussi une raison pour laquelle nous tenons aujourd’hui à développer la technologie propre WATTWASH, pour réparer l’impact écologique qu’a eu ce délavage intensif que tout le monde s’est approprié.

Le No More Seasons a été un parti–pris assez fort de la marque. Avec le recul, cette idée est-elle toujours d’actualité ?

Marithé : Plus que jamais ! Avec Mad Lane 70 % de nos pièces sont « non-saisons ».

François : C’était un cri que nous avons toujours poussé en marchant à reculons sur les podiums de la gloire parisienne en sachant bien que ce système allait disparaître avec les grands couturiers en personnage LIVE. Les créateurs ont été le dernier chant du coq, chacun apportait encore sa pièce à l’édifice, puis il y a eu les directeurs artistiques, le mercato et la grande distribution.

Quel est votre regard sur le monde de la mode d’aujourd’hui ?

Marithé : Les défilés aujourd’hui ne présentent plus des vêtements pour habiller les gens, ce sont des spectacles mais les spectacles n’alimentent pas les boutiques. Il semblerait qu’aujourd’hui le travail des créateurs ne serve plus qu’à inspirer les marques de grande distribution qui vendent du prêt-à-porter.

Selon vous, c’était mieux d’être créateur en 1960 ou en 2016 ?

François : On n’avait pas cette notion et surtout pas ce formatage à l’époque. On a réinventé au fur et à mesure la mode de papa. Avec Kenzo, Chantal Thomass, Dorothée Bis, Agnès B. et tant d’autres au début. Puis il y a eu Thierry Mugler, Montana, Jean Paul Gaultier qui rêvaient de devenir des couturiers et de vendre du parfum.

La page est toujours aussi blanche pour permettre d’écrire dessus. Je pense qu’il y a d’énormes ressources pour créer encore la révolution et « foutre la merde » aujourd’hui.

Marithé : En 1960, il y avait tout à faire, la page était blanche. Il y avait de la vraie création. Malheureusement aujourd’hui on va souvent chercher dans ce qui a été fait, ce qui empêche la création.

Cependant, aujourd’hui, tous les outils sont accessibles à tous et si trouver sa place est difficile, la créativité aura toujours son mot à dire. Il faut avoir beaucoup de personnalité.

Marithé François Girbaud look 1

Y-a-t-il eu une Maison ou un créateur qui vous a marqué dans ce milieu ? Pourquoi ?

François : Je reste sur les fondateurs de ce que vous appelez encore « les Maisons ». La génération avant la naissance du prêt-à-porter REI KAWAKUBO, YOJHI YAMAMOTO, ISSEY MIYAKE ont interprété nos cultures confondues parlait encore de vêtements.

Marithé : Les trois mêmes ! Aujourd’hui le seul qui m’étonne c’est Jacquemus, bien que ce ne soit pas forcément facile à porter.

A-t-on des amis dans ce monde de la mode ?

François : Tous les gens cités plus haut certainement. Un énorme respect.

Mais surtout, avec Mad Lane, chaque étape nous fait découvrir de nouvelles têtes. Et de voir la joie de cette rencontre !

Oui ! La mode nous a adopté.

Et ces gens nous aiment.

Marithé François Girbaud look 4

Le digital et Marithé+François Girbaud

La mode et le digital peuvent-ils et doivent-ils cohabiter selon vous ?

Marithé : Plus que jamais !

François : Oui, avec le travail que nous avons commencé avec le WATTWASH par exemple. On invente une nouvelle façon de faire le tissu. Le laser /l’ultra son /l’air /la lumière donnent une palette infinie pour utiliser le digital, sans oublier l’analogique.

C’est le moment pour des milliers de jeunes de regarder dans cette direction.

Par contre les pays émergents eux aussi ont compris que les ‘cafés internet’ ouvraient sur d’autres horizons. Le cerveau humain fonctionne partout

Il faut que la mode se réveille et coure un peu derrière.

La communication digitale est-elle nécessaire pour vous ? Pour les marques de mode ?

Marithé : Dire aujourd’hui qu’on peut s’en passer… je ne crois pas.

François : Il y a ceux qui ne croyaient pas à l’électricité…

Votre moment « luxe », ce serait quoi ?

Marithé : Aujourd’hui, j’ai retrouvé la liberté de choisir ce que j’ai envie de faire comme et je le veux. C’est le plus important pour moi. C’est la liberté et ça c’est le luxe !

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