Nous pouvons constater que le travail à faire pour vaincre les inégalités homme/femme dans le monde professionnel a encore de beaux jours devant lui … Aujourd’hui, même si des femmes comme Hillary Clinton, Amal Clooney et quelques autres personnalités influencent la société, ces dernières ne sont pas véritablement représentatives de toutes les femmes.

Alors si des femmes comme Fabienne Mauny (Diptyque), Jacinthe Brillet (T.O By Lipton) ou encore Ronit Raphael (L.Raphael) changent les moeurs, nous ne pouvons pas nier que la femme représente que 4% des postes de PDG des sociétés cotées en Bourse. De même, le rapport nous apprend que 15 % des femmes qui travaillent occupent un poste de « cadre ou profession intellectuelle supérieure » contre 20 % des hommes tout en sachant que la probabilité qu’un homme occupe une profession « supérieure » plutôt qu’un autre emploi est de 1,5 fois celle d’une femme (source DARES Analyses).

Suite à nos « Rendez-vous avec un acteur du luxe » durant lesquels un Président d’une société s’exprime sur sa vision du luxe, du marketing et du digital, nous nous sommes rendus compte que la femme n’était réellement guère présente à la tête des sociétés importantes. De ces constats, nous avons décidé de donner la parole à des femmes de multiples milieux professionnels, occupants diverses fonctions, afin d’avoir leur analyse. Pour notre série « La position de la Femme dans le luxe« , voici le point de vue de Virginie Basselot, MOF 2015, ex Chef du Saint James Paris, qui vient de prendre la direction exécutive de la restauration de La Réserve Genève.

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Virginie Basselot – Photo : Liese Barbeau Cochet

Baptiste Riffard : Pourriez-vous, tout d’abord, vous présenter en quelques mots ?

Virginie Basselot : Rigoureuse, passionnée, persévérante, humble

Baptiste Riffard : Quel est votre parcours ?

Virginie Basselot : Après un CAP ET BEP à Caen, je m’installe à Paris et trouve un poste à l’hôtel de Crillon, aux Ambassadeurs (Chef : Dominique Bouchet), en tant que 1er commis tournant (pendant 2 ans).
Ensuite, j’intègre le Grand Véfour (Chef : Guy Martin) pendant 3 ans, en tant que chef de partie.
Vient après le Bristol (Chef : Eric Fréchon), où je reste 9 ans, en tant que 1er sous-chef.
Je prends les commandes des cuisines du Saint James Paris en 2012.

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Saint James Paris

Baptiste Riffard : Quels sont les éléments qui ont motivé votre choix de travailler dans le monde de la gastronomie ?

Virginie Basselot : Mon père était restaurateur, c’est ainsi que m’est venu l’attrait du métier

Baptiste Riffard : Avez-vous rencontré des difficultés dans votre évolution jusqu’à aujourd’hui ? Si oui, de quel nature et qu’avez-vous fait pour franchir ses obstacles ?

Virginie Basselot : La difficulté première est de donner toujours le meilleur de soi, chaque jour, et ce, à chaque service, et pour surmonter cela, le seul moyen, c’est de travailler encore et encore, perséverer…

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Saint James Paris

Baptiste Riffard : Quelles exigences sont requises pour ce métier ? Quelles qualités faut-il pour faire un bon Chef ?

Virginie Basselot : Un bon chef n’est rien sans sa brigade alors je dirais que la première qualité requise est la pédagogie. Ensuite il faut être de nature curieuse, toujours en éveil et en recherche de nouveauté.

Baptiste Riffard : Comment définiriez-vous votre cuisine ? Où puisez-vous votre inspiration pour créer vos plats ?

Virginie Basselot : Je qualifierais ma cuisine de classique, centrée sur le produit et son gout brut. Je puise l’inspiration dans tout ce qui m’entoure, aussi bien dans les livres, au marché, lors d’une promenade : une couleur ou une odeur peuvent m’interpeller, aussi en déjeunant ou dinant ailleurs…

Un bon chef n’est rien sans sa brigade

Baptiste Riffard : Quel genre de Chef êtes vous ? Comment managez-vous votre brigade ? Qu’attendez-vous de vos collaborateurs ?

Virginie Basselot : Je pense être un chef accessible. Je gère mes équipes en douceur : je suis davantage dans l’accompagnement que dans la fermeté. J’attends de mes collaborateurs qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes.

Baptiste Riffard : L’approche managériale est-elle différente ?

Virginie Basselot : Encore une fois, je pense que les femmes sont peut-être plus dans l’accompagnement.  Mais il ne faut pas faire de généralité, cela dépend des psychologies de chacun, homme ou femme.

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Baptiste Riffard : Vous êtes devenue en 2015, Meilleur Ouvrier de France. Comment se déroule le processus de nomination ? Qu’est ce que cela apporte ? Qu’est ce qui vous a donné envie de vous présenter ?

Virginie Basselot : Le processus se déroule en 3 étapes :
1 – L’épreuve écrite, sous forme de QCM d’une heure.
2 – Après sélection : l’épreuve pratique, qui dure 4H30, où l’on est jugé sur des plats imposés. J’ai dû en l’occurrence réaliser un turban de riz façon paella, encornets farcis puis moules frites, ainsi qu’une viennoise de  pigeonneau, une charlotte de polenta aux olives, cèpes et raisins.
3 – Vient alors la finale. Celle-ci a duré 5H30, avec des plats imposés connus à l’avance (salmis de pintade, bottillon de salsifis et chou farci ; Tarte tatin de coing au gingembre, beurre au Porto)  et un autre donné 20minutes avant l’épreuve (soufflé aux 3 végétaux et beurre aux algues).

Accéder à ce titre m’a apporté un état d’esprit général, un devoir de transmission, un sentiment de dépassement de soi et beaucoup d’humilité. 

J’ai travaillé pendant 9 ans au Bristol aux côtés de 2 MOF, cela m’a évidemment donné envie de me présenter à ce concours (Eric Fréchon, et Franck Leroy)

Baptiste Riffard : Aujourd’hui, dans le monde de la gastronomie, quelle est la place de la femme ?

Virginie Basselot : La même que celle d’un homme.

Baptiste Riffard : Comment définiriez-vous le luxe ?

Virginie Basselot : Le luxe (dans la gastronomie) est tout simplement la perfection, aussi bien gustative que visuelle.  Le luxe doit passer par l’envie de faire plaisir et de faire rêver.

Baptiste Riffard : Selon vous, l’approche du luxe est-elle différente selon le fait qu’on soit un homme et femme ?

Virginie Basselot : Non, car elle dépend de la sensibilité de chacun 

Baptiste Riffard :Comment jugez-vous la place de la femme dans l’univers du luxe et la gastronomie?

Virginie Basselot : La femme met peut-être davantage le luxe en général en avant par son apparence. Dans les médias par exemple, c’est souvent l’image de la femme qui est utilisé pour « représenter » une marque. 

En gastronomie, je dirais que l’homme a davantage le sens du détail.

saint James paris Chef Virginie Basselot

Baptiste Riffard : Comment jugez-vous l’évolution de la femme dans le luxe vers les postes à responsabilité ?

Virginie Basselot : Je pense que c’est une bonne chose que ces postes soient mieux répartis.

Baptiste Riffard : Selon vous, y a t-il des attentes supplémentaires de votre direction/ employés lorsqu’on est une  femme dirigeante ?

Virginie Basselot : Non, qu’on soit un homme ou une femme, les attentes et exigences sont les mêmes

Baptiste Riffard : Quels sont vos prochains objectifs pour l’avenir ?

Virginie Basselot : Continuer à évoluer, encore et toujours !

Baptiste Riffard : Quels sont vos moments luxe ?

Virginie Basselot : Ce peut être des moments simples, tels que déguster un très bon chocolat envoyé par un de mes confrères MOF l’après-midi, monter à cheval quand je rentre en Normandie, enfourcher ma moto par une journée ensoleillée, ou des moments un peu plus privilégiés : partir en voyage, sortir au restaurant quand mon emploi du temps me le permet, prendre un thé dans un palace…

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Quelques jour avant la sortie du sujet, nous apprenons que Virginie Basselot devient la Chef exécutive de La Réserve Genève. Découvrez cet hôtel ici