Nous pouvons constater que le travail à faire pour vaincre les inégalités homme/femme dans le monde professionnel a encore de beaux jours devant lui … Aujourd’hui, même si des femmes comme Hillary Clinton, Amal Clooney et quelques autres personnalités influencent la société, ces dernières ne sont pas véritablement représentatives de toutes les femmes.

Alors si des femmes comme Fabienne Mauny (Diptyque), Jacinthe Brillet (T.O By Lipton) ou encore Ronit Raphael (L.Raphael) changent les moeurs, nous ne pouvons pas nier que la femme représente que 4% des postes de PDG des sociétés cotées en Bourse. De même, le rapport nous apprend que 15 % des femmes qui travaillent occupent un poste de « cadre ou profession intellectuelle supérieure » contre 20 % des hommes tout en sachant que la probabilité qu’un homme occupe une profession « supérieure » plutôt qu’un autre emploi est de 1,5 fois celle d’une femme (source DARES Analyses).

Suite à nos « Rendez-vous avec un acteur du luxe » durant lesquels un Président d’une société s’exprime sur sa vision du luxe, du marketing et du digital, nous nous sommes rendus compte que la femme n’était réellement guère présente à la tête des sociétés importantes. De ces constats, nous avons décidé de donner la parole à des femmes de multiples milieux professionnels, occupants diverses fonctions, afin d’avoir leur analyse. Pour notre série « La position de la Femme dans le luxe« , voici le point de vue de Sarah Hamon, femme dans le luxe et fondatrice de S2H Communication.

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Définition d’une chef d’entreprise, Sarah Hamon

Baptiste Riffard : Sarah, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Sarah Hamon : Je suis la fondatrice et la directrice de l’Agence internationale S2H Communication, que j’ai créée fin 2009. Je m’en souviens comme si c’était hier, c’est une décision prise « on the spur of the moment », parce que j’avais une jolie opportunité d’essayer de travailler pour moi pour la première fois de ma vie et je me suis dit « autant essayer… On ne sait jamais ça pourrait marcher ». Du coup, plutôt que d’accepter le poste qu’on me proposait dans une belle maison de luxe française, j’ai décidé de me lancer en solo. Apres une Khâgne et un Master en communication, je ne m’étais jamais préparée à devenir chef d’entreprise, mais finalement c’est en avançant qu’on apprend, et ça continue !

Baptiste Riffard : En quoi consiste votre métier ?

Sarah Hamon : S2H Communication est une agence de communication spécialisée dans les secteurs du design et de la déco, de l’architecture intérieure, architecture et arts décoratifs. Il y a quelques années j’aurais répondu tout simplement que nous sommes un bureau de presse. Nous avons des bureaux à Paris et à Miami (US) pour promouvoir la créativité de nos clients auprès des médias et ainsi créer leur notoriété, soutenir leur business. Aujourd’hui, nos interventions vont au-delà de ce qu’on peut attendre d’une agence de presse. Le paysage des médias a tellement évolué que nous avons fait évoluer notre métier, nécessairement : E-RP, social medias management, conseil global en communication, création de campagnes sur mesure…. Aujourd’hui, j’aime à penser que nous sommes un sorte de boite à outils, très flexible, au service de personnalités et de marques créatives que nous représentons pour les aider à communiquer de manière authentique et juste auprès de leurs cibles.

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Made in Design

Parlez nous de S2H

Baptiste Riffard : Pourquoi et comment avez-vous fondé S2h ?

Sarah Hamon : En 2009, j’étais en charge depuis deux ans – au sein d’un cabinet de conseil – de la communication et des RP de Designer’s Days, devenu D’DAYS, le festival du design à Paris. C’était une aventure formidable. Et dans ce genre de métier, lorsque l’on fait son travail, ça se voit… Et j’ai reçu des sollicitations de la part de plusieurs acteurs du secteur du design et de la déco pour les accompagner dans leurs campagnes. J’ai toujours été passionnée par le design, le monde de la maison, la conception des produits et des intérieurs… J’étais même passée dans une agence de design… et je me suis lancée…

Baptiste Riffard : Qu’est ce qui fait la réputation de S2h?

Sarah Hamon : La rigueur et le sérieux je pense… En réalité, pour que notre métier fonctionne on est loin des clichés glamour de l’attachée de presse qui passe sa vie à papoter avec ses amies journalistes au restaurant… je crois que ce qui fait la différence c’est la connaissance et la maitrise de nos contenus, l’exigence sur les textes qui présentent le travail de nos clients, le choix des bonnes images pour l’illustrer et la capacité à savoir angler nos sujets pour qu’ils correspondent à ce que les éditeurs recherchent… et ce dans le monde entier. Bien entendu, le mieux c’est de savoir faire ça avec le sourire et avec beaucoup de recul aussi…. On a tellement de chance de traiter de beau et d’exceptionnel chaque jour.

Baptiste Riffard : Qui sont vos clients ? Quelles sont leurs attentes ?

Sarah Hamon : Nos clients sont des personnalités ou des entreprises créatives, positionnées en général dans le domaine du luxe ou du haut de gamme. ils sont designers ou architectes d’intérieur comme Patrick Jouin et Sanjit Manku, Jean-Philippe Nuel, ou Sarah Lavoine, éditeurs comme Lago, Arte, iota ou Lambert&fils distributeurs comme Made in Design, architectes comme Vincent Eschalier ou Allan Shulman. Nous représentons aussi des écoles de création comme l’Ecole Bleue, des hôtels qui ont un fort parti pris créatif comme le Roch ou L’hôtel de Jobo ou de grands évènements de la scène du design internationale comme WantedDesign. Donc le profil est varié mais reste toujours dans le secteur.

Leurs attentes ? C’est très simple, en général ils veulent que leur notoriété médiatique soutienne le développement de leur business, en ciblant très précisément les lecteurs qui pourront devenir leurs clients.

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Lago – Composition Divano
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Empreintes – Claude Weber

Baptiste Riffard : Avez vous rencontré des difficultés pour cette création d’entreprise ?

Sarah Hamon : Rétrospectivement, non, je n’en ai pas le sentiment. Bien entendu il y a des moments de doute, des erreurs parfois mais on apprend de tout, chaque jour. Chaque expérience est une leçon et j’essaie d’être une bonne élève, j’essaie de me souvenir de tout… Car je n’ai pas reçu de formation en management. Mais j’ai appris à poursuivre mes objectifs, en me disant qu’il n’y a rien que je ne puisse faire si j’aborde la situation avec honnêteté et clairvoyance.

Baptiste Riffard : Quel type de chef d’entreprise êtes-vous ?

Sarah Hamon : Je crois que c’est une question pour mes équipes plus que pour moi ! En général je suis très calme – on me l’a dit lors je rapporte ! – et j’aime parler avec mes équipes, leur poser des questions, connaitre leurs avis sur les strategies qu’on décide de mettre en oeuvre. J’ai souvent constater que dans les entreprises – et plus largement dans toute organisation humaine, le manque de dialogue et de communication peut générer des erreurs et des frustrations. Alors le plus souvent j’essaie d’échanger d’autant plus que je suis entre deux bureaux, entre deux villes avec deux équipes à coordonner ….

Baptiste Riffard : Quelles qualités attendez-vous de vos collaborateurs ?

Sarah Hamon : Je dis toujours la même chose en interviewant des candidats : ponctualité, rigueur et transparence. J’aime savoir quand tout va bien, mais j’ai surtout besoin de savoir si un souci se profile car c’est en en parlant qu’on trouve toujours des solutions, en équipe… Et trouver des solutions, c’est la base de notre métier. Et de la rigueur aussi, je l’ai déjà dit ?

Baptiste Riffard : Qu’avez-vous appris sur vous-même depuis vos débuts ?

Sarah Hamon : Qu’on ne prend jamais une bonne décision sous le coup de l’émotion. Se donner le temps de réfléchir avant de parler c’est très précieux. Cela permet d’évaluer les collatéraux… Savoir défendre son client ou son avis avec authenticité, ne jamais faire appel au superlatif…. on perdrait toute crédibilité.

Baptiste Riffard : Être une femme à un poste de leadership, comment le vivez-vous ?

Sarah Hamon : En réalité je ne le vis pas. Je crois que je ne m’étais jamais posée la question de la différence entre moi et un homme au même poste. Probablement parce que dans les industries créatives cela n’a pas d’importance.

Baptiste Riffard : Quel est le futur de S2H ?

Sarah Hamon : En 6 ans, S2H c’est un business model un peu à part…. une boutique agence avec 10 personnes à Paris, 4 à Miami, des clients dans le monde entier (France, Espagne, Belgique, Canada, Bresil, USA, Italie, Liban etc…) … L’avenir ce sera surement une autre business unit, peut-être à LA, toujours de petite taille…. je crois en la force des petites équipes très qualifiées…. Faisons un voeu pour dans 5 ans !

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Agence Jouin Manku – Restaurant Plaza Athenee

Le Digital et S2H

Baptiste Riffard : Comment S2H s’adapte-t-il au digital ?

Sarah Hamon : J’ai de la chance d’être encore (un petit peu) jeune…. Du coup le digital a très vite fait partie de nos priorités : nos communiqués, nos dossiers de presse utilisent des formats digitaux très « vendeurs ». On passe beaucoup de temps sur la qualité de nos présentations même si celles ci ne sont plus que très rarement imprimées. Et nous traitons avec les éditeurs online et les bloggeurs comme des journalistes plus traditionnels : on adapte notre discours, nos propositions mais nous n’en faisons jamais l’économie.

Avec nos clients américains clairement, l’enjeu est la presse digitale. En Europe, on n’a pas encore constaté ce revirement – mais on fait tout ce qu’on peut pour pousser nos clients à digitaliser leurs campagnes et à accorder du temps à la presse online, l’enjeu est tellement grand !

Baptiste Riffard : Selon vous, le digital peut-il créer une expérience à part entière pour le consommateur ?

Sarah Hamon : Oui, définitivement. Certains de nos clients sont des pure players du web, tels que Made in Design, qui est leader sur le marché du design online en Europe. Et lorsque l’on vit leur succès on se dit que le web peut vraiment changer se habitudes de consommation. À titre personnel depuis que je vis outr’Atantique, j’ai pu constater comme il est simple et instinctif de consommer en ligne aux USA.

Baptiste Riffard : Le digital peut-il être remplacer l’expérience humaine que l’on retrouve en boutique ?

Sarah Hamon : Non, je ne pense pas…. D’ailleurs beaucoup de sites marchands ouvrent des boutiques physiques car on reste humain. Je pense qu’on ne recherche juste pas la même expérience ni la même rapidité d’exécution quand on prend le temps de se balader et de discuter avec une personne dans une boutique que quand on entre une référence produit dans son panier et qu’en deux clics la commande est passée.

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Agence Nuel

Etre une femme…

Baptiste Riffard : Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme dans votre position de chef d’entreprise ?

Sarah Hamon : Jamais ! Le monde du design et de la déco est un secteur où on ne souffre jamais de ce que l’on est ou de ses origines. C’est une chance je pense.

Baptiste Riffard : Comment jugez vous la place de la femme dans la société ?

Sarah Hamon : La marge de progrès est énorme je pense. Quand je parle avec des amies avocates, ou qui travaillent dans la grande distribution ou en politique je m’effraie régulièrement des anecdotes qu’elles rapportent et qui ne sont basées que sur le simple fait qu’elles sont des femmes. Les attitudes désobligeantes existent… et il faut que les femmes s’assument pour en démontrer l’obsolescence.

Baptiste Riffard : Quelles sont les plus-values d’une femme « chef d’entreprise » ?

Sarah Hamon : Probablement notre capacité à prendre du recul, à évaluer de manière lucide les situations…. J’ai l’impression que les hommes sont plus « sanguins »… moins laborieux aussi ?

Baptiste Riffard : On rencontre beaucoup plus de femmes que d’hommes dans le monde des relations presse/ publiques, y a-t-il une raison ?

Sarah Hamon :  Personnellement, je suis très fière d’avoir un garçon dans notre équipe parisienne. Parfois j’ai peur qu’il se sauve en courant mais globalement il a l’air d’être heures avec des filles autour de lui… Je pense que ce métier qui demande beaucoup d’humilité et d’effacement et de rigueur est peut être naturellement moins masculin, mais je me trompe peut être…

Baptiste Riffard : La femme est-elle plus présente à la tête des sociétés aux Etats-Unis comparativement à la France ?

Sarah Hamon : Si j’en crois les articles publiés sur la question non ! Les US ne sont pas un pays où le leadership féminin est si répandu et admis que cela…. Mais en même temps, on ne joue pas dans la même cour, les échelles sont tellement différentes ….

Baptiste Riffard : Qu’est ce qui crée ou ne crée pas cette différence ? Par quel moyen pourrait on combler cet écart en France ? Pourriez-vous nous dresser le portrait de la femme telle que vous la voyez aujourd’hui dans la société ?

Sarah Hamon : Je vois différentes générations de femmes autour de moi. je constate avec bonheur qu’aujourd’hui on peut être une mère, une femme et une professionnelle. Dans nos sociétés, avec une système d’éducation publique très complet et de qualité une petite fille a des options : elle peut choisir de devenir la femme qu’elle souhaite devenir. Au travers d’internet on peut s’éduquer, apprendre, comparer et dialoguer avec d’autres et c’est une chance incroyable. Lorsque j’étais encore étudiante, – et je ne suis pas un dinosaure – ces technologies n’étaient pas si développées et on n’envisageait pas tous les possibles de la même façon qu’aujourd’hui. Alors, je crois que la position de la femme dans la société est très encourageante… cela qui n’a pas encore appris pourra apprendre, celle qui a appris pourra transmettre.

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Made in Design

Baptiste Riffard : Voyez-vous un réel changement dans la prise de direction de la femme à des postes stratégiques ?

Sarah Hamon : J’ai toujours l’impression que dans les grandes entreprises, ou en politique, les femmes doivent se montrer deux fois plus capables que les hommes pour réussir… Cela pousse à être plus combative, plus concentrée…. si ce n’est pas au détriment d’autre chose alors pourquoi pas ?

Baptiste Riffard : À quoi ressemble votre quotidien ?

Sarah Hamon : Mes journées sont longues ! Quand je suis à Miami j’essaie de me garder une heure pour moi au calme tous les matins: je fais du sport, j’apprends à méditer, j’essaie de m’instruire … avant que mes deux enfants se lèvent et que je m’occupe de leur routine matinale. Apres les avoir déposés à l’école, je file à mon bureau et comme je ne sais pas conduire, je profite du chemin pour appeler mes clients, mon équipe à Paris et c’est comme ça que je sais tout ce qu’il se passe de l’autre côté de l’Atlantique. Ce contact quotidien est essentiel…. Apres deux heures passées virtuellement à Paris, je peux me regrouper avec l’équipe américaine, j’écris beaucoup, je rencontre mes clients et j’essaie de ne pas rentrer trop tard pour diner en famille. 1 semaine sur 6, je suis parisienne et là c’est tout autre chose, plus de sport. À Paris, c’est plus dur ! – plus de routine du matin, je me rends disponible à 100% pour l’agence car je suis sans ma petite famille.

Baptiste Riffard : Comment conciliez-vous vie perso et pro?

Sarah Hamon : J’ai la chance d’avoir un mari formidable qui est mon premier soutien, mon coach et le meilleur papa du monde. Même si on ne travaille pas ensemble, on parle beaucoup de nos projets et on se soutient, on s’encourage mutuellement. Pour moi, c’est essentiel. Quand je voyage, on se « FaceTime » avec mes enfants, et ils savent que c’est pour le travail et pas pour m’amuser sans eux que je suis absente ….

Baptiste Riffard : Est-ce ou étais-ce un frein en tant que femme d’être à la tête d’une société ?

Sarah Hamon : Heureusement pour moi cela n’a jamais été le cas !

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Agence Nuel

Le luxe et vous …

Baptiste Riffard : Comment pourriez-vous définir le luxe ?

Sarah Hamon : C’est une notion très personnelle je pense, que chacun détermine à la lumière de sa vie. Pour certains ce sera une très belle voiture, une montre à complications ou un voyage au bout du monde…. Le luxe c’est avant tout l’expérience qu’on en fait et le bonheur qu’on tire de cette expérience.

Baptiste Riffard : Pour vous, le luxe est-il différent si on est un homme ou une femme ?

Sarah Hamon : Certainement ! C’est normal car on n’aspire pas nécessairement aux mêmes choses quand on est un homme ou une femme…

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Made in Design

Votre Luxe…

Baptiste Riffard : Votre moment luxe à vous, c’est quoi ?

Sarah Hamon : Il y en a plusieurs… C’est l’odeur de ma fille le samedi matin quand elle se glisse sous ma couette pour m’embrasser, c’est l’heure que je m’accorde pour me vider la tête et courir sans penser à rien, ce sont les deux semaines par an où je ferme mon ordinateur et ou je me déconnecte complètement pour ne me consacrer qu’à ma famille…

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