Nous pouvons constater que le travail à faire pour vaincre les inégalités homme/femme dans le monde professionnel a encore de beaux jours devant lui … Aujourd’hui, même si des femmes comme Hillary Clinton, Amal Clooney et quelques autres personnalités influencent la société, ces dernières ne sont pas véritablement représentatives de toutes les femmes.

Alors si des femmes comme Fabienne Mauny (Diptyque), Jacinthe Brillet (T.O By Lipton) ou encore Ronit Raphael (L.Raphael) changent les moeurs, nous ne pouvons pas nier que la femme représente que 4% des postes de PDG des sociétés cotées en Bourse. De même, le rapport nous apprend que 15 % des femmes qui travaillent occupent un poste de « cadre ou profession intellectuelle supérieure » contre 20 % des hommes tout en sachant que la probabilité qu’un homme occupe une profession « supérieure » plutôt qu’un autre emploi est de 1,5 fois celle d’une femme (source DARES Analyses).

Suite à nos « Rendez-vous avec un acteur du luxe » durant lesquels un Président d’une société s’exprime sur sa vision du luxe, du marketing et du digital, nous nous sommes rendus compte que la femme n’était réellement guère présente à la tête des sociétés importantes. De ces constats, nous avons décidé de donner la parole à des femmes de multiples milieux professionnels, occupants diverses fonctions, afin d’avoir leur analyse. Pour notre série « La position de la Femme dans le luxe », voici le point de vue de Maïté Foriasky, Chef Concierge au Setaï Miami.

portrait Maïté 1

Baptiste Riffard : Pourriez-vous, tout d’abord, vous présenter en quelques mots ? Quel est votre parcours ?

Maïté Foriasky : Je suis née dans le Nord de la France mais j’ai fait mes valises très jeune pour parcourir l’Amérique Centrale et du Sud, avant de m’installer aux Etats-Unis au milieu des années 1980. C’est à San Francisco que j’ai découvert ma vocation, en devenant assistante concierge du Hilton de la ville. Cela a été une véritable révélation. Six mois plus tard, je devenais concierge en titre ! En 2002, j’ai été acceptée dans la prestigieuse association des concierges Clefs d’Or.

Après 16 années passées en Californie, j’ai été appelée en 2004 par l’équipe de lancement de The Setai, Miami Beach pour devenir Chef Concierge de ce nouvel hôtel de luxe qui allait prochainement ouvrir. Je n’ai plus quitté depuis cet établissement unique, ni cette ville qui a énormément évolué depuis mon arrivée.

setai courtyard

Baptiste Riffard : Quels sont les éléments qui ont motivé votre choix de devenir concierge ?

Maïté Foriasky : J’ai toujours adoré voyager et rencontrer des gens du monde entier. J’aime aussi rendre les gens heureux en leur permettant de vivre des moments uniques et magiques. Je ne m’imaginais pas passer mes journées derrière un bureau. Etre concierge, c’est relever chaque jour de nouveaux défis. Cela demande beaucoup de curiosité et d’énergie : il faut être constamment à l’affut de ce qui se passe dans la ville. C’est un métier aux innombrables facettes, grâce auquel on apprend tous les jours. Je ne m’ennuie jamais, car aucune journée ne ressemble à une autre.

Baptiste Riffard : Quelles qualités faut-il pour faire un bon concierge ?

Maïté Foriasky : La qualité première d’un concierge, c’est la générosité. On donne beaucoup, et tout le temps : nos petits secrets, nos efforts, notre temps… Il faut savoir être au service de nos clients avec authenticité, tout en faisant preuve de psychologie et d’écoute. Il est essentiel de pouvoir cerner les gens et déterminer leurs attentes en quelques instants, sans se tromper. Le goût du contact humain et une capacité d’empathie naturelle sont nécessaires dans ce métier.

Baptiste Riffard : 2004, une nouvelle expérience commence au Setai. Que recherchiez-vous dans ces nouvelles fonctions ?

Maïté Foriasky : Après 16 années passées en Californie, j’avais besoin de changer d’air et de découvrir une autre ville. Je travaillais dans un hôtel de 2000 chambres centré sur les congrès, et je désirais aussi m’orienter vers le luxe et un établissement 5 étoiles. Je me sentais prête et mûre pour accepter la fabuleuse opportunité que me donnait The Setai, Miami Beach, de devenir Chef Concierge. En une semaine, j’ai décidé de tout quitté, sans trop réfléchir ! La tâche était considérable mais exaltante : il y avait tout à faire au Setai.

Setai The Restaurant courtyard

Baptiste Riffard : Comment se sont passés vos premiers mois à ce poste ?

Maïté Foriasky : Il y a eu beaucoup de défis à relever, et je n’ai pas compté mes heures de travail. Il fallait tout d’abord recruter puis former mon équipe, ce qui n’a pas été évident, dans une ville qui ne comptait pas à l’époque d’hôtel de très bonne qualité. Beaucoup de recrues ne restaient pas, elles avaient peur de ne pas être à la hauteur. Il a fallu parallèlement que je me fasse tous les contacts nécessaires sur place, et que je connaisse les lieux. Tout cela, dans un hôtel en plein lancement, et alors même que je découvrais le monde exigeant des 5 étoiles !

En 2002, j’ai été acceptée dans la prestigieuse association des concierges Clefs d’Or

Baptiste Riffard : Aujourd’hui, dans le monde de la conciergerie, quelle est la place de la femme ?

Maïté Foriasky : Même si certaines personnes s’étonnent encore de voir une femme occuper un poste de Chef Concierge Clefs d’or, c’est une réaction qui devient de moins en moins fréquente. Les femmes ont acquis leurs lettres de noblesse à cet emploi comme dans d’autres. Au niveau de la conciergerie, certains clients vont aller plus naturellement vers une femme ou un homme, selon les demandes.

Baptiste Riffard : Quelles sont vos méthodes de travail ?

Maïté Foriasky : Il est indispensable de créer un climat de confiance au sein de l’équipe, afin que cette dernière soit soudée. Une bonne équipe est une équipe heureuse. Je crois au respect avant tout. Si je veux obtenir quelque chose d’un membre de mon équipe, ce n’est pas par la peur mais par le respect que je l’obtiens. La confiance réciproque qui nous unit est primordiale.

Setai The Restaurant

Baptiste Riffard : Avez-vous rencontré des difficultés dans votre évolution jusqu’à aujourd’hui ?

Maïté Foriasky : Malgré l’évolution des mentalités, un certain degré de machisme subsiste encore dans le monde de l’hôtellerie. Une femme doit encore peut-être prouver davantage qu’un homme au départ, pour obtenir la confiance de sa direction et de son équipe.

Baptiste Riffard : Comment définiriez-vous le luxe ?

Maïté Foriasky : Les beaux hôtels, il y en a beaucoup. Nos clients ont déjà souvent de luxueuses habitations. Ce qui fait la différence, pour moi, c’est la qualité du service. Le luxe, c’est avoir le sentiment d’être compris, et de voir ses attentes comblées avant même parfois qu’on les exprime concrètement. C’est ce que trouvent nos clients ici. Le luxe, c’est aussi pour eux de pouvoir préserver leur intimité et tranquillité, et c’est ce que notre hôtel leur apporte.

Baptiste Riffard : Selon vous, l’approche du luxe est-elle différente selon qu’on est un homme ou une femme ?

Maïté Foriasky : Il me semble que, parallèlement à l’évolution de la société, les demandes de nos clients hommes et femmes se rejoignent de plus en plus. Il y a quelques années, la présence d’un spa au sein de l’établissement était beaucoup moins importante pour les hommes que maintenant, par exemple. Même chose pour le shopping.

Baptiste Riffard : Avez-vous déjà reçu des demandes hors du commun ?

Une des requêtes les plus insolites qui m’ait été faites est celle d’un Anglais résolu à expédier un tigre jusqu’à Londres – le tout dans un délai de deux jours ! Le client était tombé amoureux d’une habitante de Floride et lui avait demandé de s’installer à Londres avec lui. Sa réponse ? Elle ne bougerait pas sans son animal favori ! Avec l’aide du Miami Metro Zoo, et après avoir rempli une montagne de formulaires, j’ai réussi à faire procéder à cet envoi quelque peu inhabituel !

Baptiste Riffard : Avez-vous déjà dit non à une demande ? Quels sont les limites d’un concierge ?

Chez nous, le « non » n’existe pas, il y a toujours un « mais ». Quand un client demande par exemple une réservation en dernière minute dans un restaurant tendance un samedi soir, nous ne le laissons pas repartir sans alternative. Toutefois, nous ne donnons évidemment jamais ni dans la drogue, ni dans la prostitution.

Setai Lobby

Baptiste Riffard : Quel regard portez-vous sur votre parcours en tant que femme dans le milieu du luxe ?

Maïté Foriasky : Je ne réalise pas. Je suis bien entendu fière de ce que j’ai réalisé, mais je ne vois pas cela à travers un prisme homme/femme.

Baptiste Riffard : Comment jugez-vous l’évolution de la femme dans le luxe vers les postes à responsabilité ?

Maïté Foriasky : Une femme a toujours plus à prouver qu’un homme. Elle est moins entendue. Nous avons encore plus d’efforts à faire pour nous imposer.

Baptiste Riffard : Quels sont vos prochains objectifs ?

Maïté Foriasky : Je suis bien ici au Setai, et je ne pense pas pour le moment à d’autres projets. Je suis heureuse de travailler avec une équipe soudée et professionnelle. Le succès de l’hôtel, c’est mon adrénaline quotidienne. Je suis fière de travailler pour cet établissement légendaire qui reste la référence de l’élégance et du luxe discret à South Beach.

setai View

Baptiste Riffard : Quels sont vos moments « luxe » ?

Maïté Foriasky : Nous vivons les mêmes expériences que nos clients lorsque nous sommes invités par nos prestataires pour tester leurs services : bateaux, avions, hélicoptères, restaurants, etc. Mais mon véritable luxe, c’est surtout de déconnecter de mon travail quelques minutes pour m’évader. J’adore les voyages, rencontrer de nouvelles personnes et découvrir de nouvelles cultures. J’aime aussi aller dîner dans un bon restaurant, ou cuisiner pour des amis. Bref, ne plus penser au travail ni regarder mon téléphone pendant quelques instants: voilà mon véritable luxe !

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