Exposé au Renaissance Vendôme Paris, Gaspard Noël est une étonnante découverte artistique. Talent au discours engagé, poétique, moderne, l’artiste nous dévoile son art !

gaspard noel photographe

Gaspard Noël, le soi et l’écologie à travers la photographie

Du 1er avril au 31 mai, l’artiste Gaspard Noël expose au Renaissance Vendôme au 4 rue du Mont Thabor, 75001, Paris. L’hôtel 5 étoiles, qui est devenu depuis décembre 2015 un lieu d’exposition, sélectionne avec ParisArtistes#, des talents aux discours engagés, poétiques, modernes.

L'ambassadeur - 2015 - Gaspard Noël

Gaspard Noël est l’un d’eux ! L’autodidacte fait face à son époque et ses problèmes, à la fois écolo et basé sur l’identité du soi, en réalisant des autoportraits. Exposées dans le lobby et les trois Art Gallery Suites, ses oeuvres côtoient des objets de curiosité sous cloches de Gaspard Noël. L’homme, généreux et accessible, révèle par la même occasion ses adresses parisiennes préférées.

J'ai vogue sur un iceberg  - 2015 - Gaspard Noël

Sur des paysages lointains, Gaspard  Noël photographie la nudité sans vulgarité. Loin d’être érotiques, ces photographies, façon autoportrait, s’accompagnent de titres ironiques ou solennels. Afin d’en savoir plus, nous lui avons posé quelques sur son univers, son dessein et ses oeuvres…

Gaspard Noel photographie l hypopthese fruitiere
L’hypothèse fruitière

Gaspard Noel photographie free of all
Free of all

Gaspard Noel photographie futilités
Futilités

Franck Demaury : Pourquoi ce choix de se photographier nu ?
Gaspard Noël : J’essaye autant que possible de parler via mes photographies de la condition humaine. J’aimerais idéalement que mes messages soient accessibles aux hommes issus de tous les milieux, de toutes les origines et de tous les temps. À cet égard, les habits sont un obstacle à l’universalité qu’il est facile d’éviter.

Mon corps nu est comparable à celui d’un homme de n’importe quelle époque, les sensations que j’éprouve en le plongeant dans l’eau glacée sont identiques à celles qu’a ressenties, que ressent et que ressentira tout être humain agissant comme moi.

Gaspard Noel photographie l hypothese glaciaire
L’hypothèse glaciaire

Franck Demaury : Quel est ton lien avec la Nature ?
Gaspard Noël : 
C’est une relation complexe, qui tient à la fois de la fraternité, de la sensualité et de la dévotion.

J’aime les sensations qu’offrent une vie sur notre monde. La consistance de la terre sous mes pieds, la complexité des courants d’air ou d’eau qui dessinent ma silhouette en épousant les courbes de mes muscles, les fines égratignures que creusent le sable ou l’écorce ou les ronces en venant percuter mon épiderme. Les arrangements infinis de couleurs et de formes que peut prendre la Nature. Tout cela m’enchante au plus haut point.

Je crois qu’il n’est rien de plus universellement apaisant qu’une sieste au soleil.

Et ce bonheur simple, cru, honnête, je le crois capable de sauver le monde.
Je crois qu’il n’est rien de plus universellement apaisant qu’une sieste au soleil.
Par mon travail, confusément, mais de toutes mes forces, ce que je vise, c’est d’inciter le monde entier à partager une douce sieste au creux du giron bienfaiteur de la Terre, notre divine amante.

Franck Demaury : Pour faire une série photos, combien de temps te faut-il (de la naissance de l’idée au tirage finale) ?
Gaspard Noël : 
Ma dernière série « Futilités » germait dans mon esprit depuis 2 ans lorsque j’ai décidé de partir en Islande pour l’enfanter.

Avant de prendre l’avion, j’ai préparé mon voyage pendant 3 mois, reconnaissance des lieux intéressants sur internet, prévision et commande des accessoires dont je pourrais avoir besoin, préparation physique.
J’ai décollé en septembre 2015 avec ce seul principe en tête : photographier le concept de « résistance », que je crois essentiel à l’homme et au citoyen contemporains pour vivre aussi libres qu’il est possible de l’être.

Gaspard Noel photographie sur la panse du dragon
Sur la panse du dragon

Les chaînes qui nous retiennent : notre petite enveloppe physique, nos soucis quotidiens, nos obligations financières, les sollicitations infinies des publicités, les vérités et les mensonges de nos élites qu’il est virtuellement impossible de séparer, l’incompréhension patentée de la géopolitique au niveau mondial, … face à quoi je veux opposer la force cristalline de la volonté de chaque individu. Notre capacité immense de résistance. De laquelle j’espère voir naître une humanité moins pleine de colère.

Je suis resté sur place 21 jours, pendant lesquels je n’ai vécu exclusivement que pour photographier. Je dormais et mangeais dans ma voiture. J’ai parcouru 6 000 km et pris 15 000 photographies, pour former 110 images après 7 mois de travail sur ordinateur.

Trouver les titres et faire tirer quelques exemplaires en grand format pour une exposition m’a demandé quelques semaines de plus. En tout, c’est presque 1 an de travail sans interruption posé sur 15 ans d’interrogation sur notre mode de vie.

Gaspard Noel photographie
Ce vide immense

Franck Demaury : Les photos où tu es photographié à plusieurs reprises, comment construis-tu cela ?
Gaspard Noël : 
Toutes mes photos, celles où j’apparais à de multiples reprises comme celles où je n’apparais qu’une seule fois, sont construites de la même façon.

Je travaille seul. Je vais sur place, et pose mon trépied. Puis, je quadrille le paysage en une cinquantaine de photographies, exactement comme pour faire un gigantesque panorama. Ensuite, je vise avec mon appareil l’endroit précis où je compte aller me mettre, puis je lance le retardateur. Je peux mettre 2, 5, 10 ou 20 secondes, ou alors mettre l’heure à laquelle la photo sera prise. Et je cours me mettre en place. Une fois la photographie prise, je retourne à mon appareil, vérifie la prise, et si elle ne me convient pas, je recommence l’opération, autant de fois qu’il le faut pour obtenir ce que je désire.

Une fois rentré chez moi, je prends ces quelques 70 photos pour en faire une seule, en replaçant comme pour un puzzle chaque pièce à sa place d’origine.
J’ai mis sur mon site une section « Making Of » qui montre en quelques images ce processus un peu contre-nature. N’hésitez pas à la visiter si cela ne vous paraît pas très clair.

Gaspard Noel photographie le maitre et son disciple
Le maitre et son disciple

Franck Demaury : Les titres de tes photos, comment te viennent-ils ? Composes-tu une photo à partir d’une phrase ou inversement ?

Gaspard Noël : En 12 ans, j’ai pris plus de 10 000 autoportraits. Et chacune de ces photos possède un titre. Si bien que toutes vos hypothèses sont justes. Il m’est arrivé d’avoir le titre d’une photo avant, pendant ou après l’avoir prise, avant, pendant ou après sa « reconstruction » sur ordinateur. Il m’est arrivé d’associer une phrase à une image au milieu d’une conversation ou d’un trajet en train. J’ai une ou deux photographies pour lesquelles rien ne veut venir.

Cela étant dit, dans l’écrasante majorité des cas, le titre est la toute dernière pierre de l’édifice. Une fois l’image définitivement construite, j’abandonne tout le côté technique de ma pratique et réintègre mes rôles de créateur et de spectateur. Je regarde mon image très longtemps, j’accueille toutes les idées, tous les mythes, toutes les sensations qu’elle m’inspire, et j’essaye d’extraire de tout cela soit ce qui englobe l’ensemble, soit le plus juste de ces chemins.
Une exception de taille dans ce processus : quand je pense à un titre qui me fait rire, je le choisis immédiatement, quitte à rendre la substance métaphysique de l’œuvre un peu plus difficile à aller chercher.
Résistance et rigolade. Telles sont les ingrédients d’une utopie vraisemblable.

Découvrez en plus sur Gaspard Noël sur son site